Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’auteure Caroline Capossela

Caroline est l’auteure de « Vermicelle au pays des sourds »-ed. Stock 2010 et du recueil « Les amuse-gueules » ed.Lilo 2014 (chronique du 26.02.2017). Elle a également participé aux recueils collectifs « Histoires d’amour sans queue ni tête » et « Petit traité à l’intention des Rossignols » aux éditions Lilo. Je vous invite à lire ma rencontre avec cette talentueuse auteure.

Bonjour Caroline ! Merci de répondre aux questions d’Au Fil des Livres. C’est un vrai plaisir de vous rencontrer.

AFDL : Qui êtes-vous, Caroline Capossela ?

Caroline : Je réalise que je n’ai aucune maîtrise du sujet.  Je passe donc directement à la question suivante. 😉

AFDL : Ecrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Caroline : C’est un acte de résistance à part entière. C’est celui qui offre la liberté la plus absolue, qui permet de s’affranchir de toutes les contraintes sociales, morales et autres, mais aussi de la médiocrité ambiante. Finalement, écrire est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour exister vraiment. C’est tout un paradoxe, car écrire, cela revient à sortir de soi, à prendre du recul et de la hauteur. Ce midi, j’ai relu par hasard les paroles d’Anaïs Nin sur sa propre conception de l’acte d’écrire. Elle dit qu’on écrit pour se créer un monde dans lequel on peut vivre. C’est exactement ça, sauf qu’elle en parle rudement mieux que moi.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Caroline : Je devais avoir à peu près 9 ans quand j’ai fait mes premières armes, c’était sur un vieil agenda donné par mon père, et dont j’avais retiré la couverture, pour le baptiser au feutre noir « Poésies du bon temps ». Parler du « bon temps » à un âge aussi innocent, ça dénotait sans doute un esprit déjà ironique. Dans ce carnet, j’inventais des rébus, des mots croisés, j’écrivais des phrases satiriques, et des poèmes très courts mais qui étaient censés révéler un message fort (enfin, fort pour mon âge). Ensuite, à l’adolescence, je me suis mise à écrire des poèmes pompeux et hermétiques, puis, influencée par les écrivains anglais (et les « shorts stories »), je suis passée aux nouvelles avec toujours des chutes comportant un vrai « twist final », et un peu plus tard, je me suis attaquée à plus ambitieux, les romans.

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Caroline : Je travaille à temps plein, donc soit le soir, soit, plus généralement, le week-end. Je ne suis pas ce qu’on appelle une graphomane, je n’écris que par à-coups, par impulsions. Mon rythme est très irrégulier, je n’ai aucune discipline, même s’il m’arrive souvent de me fixer des objectifs en termes de pages, de textes, ou de chapitres.  En ce moment, je parle en chapitres.

AFDL : »Les amuse-gueules » est un recueil de nouvelles dans lequel les « objets » s’expriment, où avez-vous trouvé l’inspiration ?

Caroline : L’idée m’est venue en écrivant une lettre, plus exactement un email (c’est moins romanesque, mais il faut vivre avec son temps), et encore plus précisément une lettre d’amour, une vraie. Je l’avais écrite de façon détournée et fictive, en faisant parler un objet particulier et hautement symbolique. Je l’ai étoffée pour en faire une véritable histoire et ce fut mon premier « amuse-gueule », début d’une longue série, dont la majorité est contenue dans  le livre. Il s’agit du texte « Appartement 101 », qui est resté en l’état pour la publication. Tous les amuse-gueules trouvent une origine réelle ou disons un ancrage réaliste, certains sont plus intimes que d’autres et s’adressent même à quelqu’un de mon entourage. Cela reste très tacite, car l’intérêt est évidemment dans le message porté par ce regard incisif. J’ai trouvé intéressant de conférer une âme et des sensations aux objets, ces choses inanimées qui constituent notre univers. On se dit souvent que « les murs ont des oreilles… », je leur ai donc donné une voix. C’est à la fois, sur un plan purement formel,  un exercice de style, qui consiste à se fondre dans l’objet et son champ lexical, et sur un plan plus profond, il y a une double lecture, ces objets sont des sortes de Jiminy Cricket, ils sont les voix de la conscience. A croire qu’il faut être déshumanisé pour pouvoir dire l’indicible.

AFDL : Pourquoi certains « objets » plus que d’autres ?

Caroline : Il y a des objets plus inspirants que d’autres. Certains ont une influence déterminante sur nous, d’autres contiennent des pans entiers de notre vie. D’autres encore sont absurdes, toxiques, ou simplement, ils ont une mauvaise réputation. Ce qui m’a intéressée, hormis l’aspect « jeu d’énigmes », c’est de donner vie à ce qui demeure latent, briser les tabous et les préjugés, révéler la beauté du monstrueux, le volcan que cache l’apparente sérénité, ou encore la pureté sous le masque de Machiavel.

AFDL : Pourquoi sommes-nous dépendants de certains objets ?

Caroline : Peut-être parce qu’ils nous lient au monde auquel on appartient, et à celui qu’on se crée pour pouvoir y vivre.

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Caroline : J’en ai plusieurs, un en particulier. Tant qu’il y a des projets, il y a une marche en avant, et l’espoir de les voir se concrétiser.

AFDL : Etes-vous, vous-même, lectrice ? Que lisez-vous habituellement ?

Caroline : Je suis une lectrice. J’ai du mal à concevoir qu’on puisse écrire sans lire et j’amasse les livres pour finalement n’en lire qu’un dixième. Fut-un temps lointain, je lisais presque exclusivement des classiques. Aujourd’hui, je lis mes contemporains, car les livres portent l’empreinte de leur époque, même quand leurs histoires remontent à des siècles en arrière. Quand j’ai publié mon premier roman, je me suis passionnée pour la lecture des premiers romans, que ce soit ceux des classiques, des écrivains modernes, je trouvais qu’ils avaient une authenticité particulière et qu’ils définissaient le mieux les forces et les faiblesses de leurs auteurs.

AFDL : Quel est votre livre préféré ? Pourquoi ?

Caroline : Il n’y a pas un livre en particulier que j’ai envie de citer, plutôt un écrivain : Dostoïevski. C’est sombre, c’est fort, c’est réaliste mais nous immerge dans l’imaginaire des êtres, c’est marqué par une quête existentielle. Je pense également à un roman particulier, qui m’a marquée profondément : Cent ans de solitude. Sans doute aussi pour son poids existentiel et le savant mélange de la noirceur et de la poésie.

AFDL : Un petit mot pour nos lecteurs

Caroline : Ce blog est une oasis dans le désert. Lisez-le, mais pas seulement, lisez les livres qu’il met en lumière aussitôt qu’ils vous parlent intimement ou qu’ils vous intriguent, même et surtout ceux qui ont eu une sortie confidentielle ! C’est la plus belle ouverture d’esprit qui soit. Et j’en profite pour remercier la créatrice de ce blog, pour son initiative noble et passionnée.

 

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