Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’écrivain Mathieu Menegaux

Mathieu Menegaux est l’auteur des excellents romans « Je me suis tue » aux ed.Grasset et ed.Points (chronique du 22.02.17) et « Un fils parfait » aux ed.Grasset (Chronique du 1.03.17). Disponible et vraiment très, très sympathique, il s’est prêté aux jeux de mes questions. Je vous invite à lire ses réponses.

Bonjour Mathieu ! Merci de répondre aux questions d’Au Fil des Livres. Quel plaisir de vous   rencontrer !

AFDL : Qui êtes-vous, Mathieu Menegaux?

Mathieu : Je suis un homme, je suis un homme, quoi de plus naturel en somme ? Un garçon, donc, qui aime revêtir les habits d’une femme quand il écrit, pour changer de perspective, de registre, d’émotions. Je suis passionné de littérature, de chanson française d’où mon clin d’œil en ouverture, de plongée et d’alpinisme. J’aime la vie, les coquillettes au beurre, les voyages, les rencontres avec des blogueuses enthousiastes, les fous rires avec mes filles et ne rien faire. On a perdu ce goût de la contemplation avec nos téléphones et cette vie connectée en permanence… J’adore regarder la mer, la montagne, la ville et me laisser bercer. Je ne le fais plus assez. Allez, je m’y remets

AFDL : Ecrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Mathieu: Ecrire, c’est raconter des histoires. Ma mère me lisait des histoires quand j’étais enfant, et je l’écoutais avec avidité. J’attendais ce moment où j’allais plonger dans un univers différent, coloré, imaginaire. J’ai pleuré tellement sur la petite fille aux allumettes, ri aux éclats avec l’enfant d’éléphant, j’ai eu peur pendant le joueur de flûte de Hamelin et j’ai eu envie d’aventures et d’exotisme avec Ali Baba. Ecrire, c’est partager, c’est essayer de procurer des émotions, donner à réfléchir. Je pense aux lecteurs quand j’écris, bien avant de penser à moi. Je me mets à leur place, et j’espère les faire vibrer.

 AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Mathieu : J’ai longtemps entretenu des correspondances, avant que la vie se résume à 140 signes. J’adorais écrire de longues lettres, particulièrement quand j’ai vécu éloigné, au Maroc. Je n’avais pas le téléphone, alors quel plaisir de se mettre à la table pour raconter, pour partager. Puis venait la joie de recevoir du courrier, l’adresse manuscrite, reconnaître l’écriture de mon correspondant ou ma correspondante, et ouvrir l’enveloppe avec précipitation ! Souvent on m’a dit que j’avais « une plume », que je devrais en faire quelque chose. J’ai écrit une nouvelle, en 2000, qui a été sélectionnée dans quelques prix, et j’ai toujours gardé le secret espoir d’écrire vraiment, un jour. Il me manquait une histoire, quelque chose de fort, que j’aurais envie de raconter. J’ai fait un rêve en 2011, et je l’ai noté sur un carnet, à côté de mon lit. Il m’a fallu trois ans pour réussir à l’écrire, avec des pauses interminables. Et en 2015 est sorti « Je me suis tue », le vrai début de l’aventure, grâce à Martine Boutang chez Grasset qui a poussé ce manuscrit reçu par la Poste.

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Mathieu :  J’écris essentiellement le soir, quand tout le monde est couché, ou le week-end. J’ai besoin d’être seul, et j’écoute le concerto n°20 de Mozart. Mes filles se moquent de moi. « Tiens, papa s’y remet »… J’écris dans les transports. Forcément, ça fait moins de Candy Crush…

AFDL : « Un fils parfait » vous met pour la seconde fois dans la peau d’une femme, comment faites-vous pour être aussi juste ?

Mathieu : Je crois que j’aurais aimé être une femme. Avoir ce côté magique, le pouvoir de donner la vie. Les fameuses correspondances que j’ai mentionnées m’ont beaucoup aidé, aussi. A l’écrit on se livre plus facilement, et plus intimement qu’en face-à-face. Ensuite, je me fais relire ! J’ai quelques amies proches, que je remercie à chaque fois, qui n’hésitent pas à me dire quand je fais fausse route. Et mon éditeur est une éditrice, qui sait rayer un paragraphe en me renvoyant un « mais c’est un truc de mec, ça ! ».

AFDL : Les femmes doivent sans cesse jongler avec leurs choix de vie : femme, épouse, mère, professionnelle, pensez-vous que le monde évolue?

Mathieu : Le monde évolue, bien entendu, mais pas encore suffisamment rapidement ! Dans le monde professionnel, les femmes doivent répondre à des questions qui ne sont jamais posées à des hommes du genre– « Es-tu sûre que ce soit une bonne idée d’accepter ce poste, avec tes enfants ? ». Quand un enfant est malade à l’école, c’est neuf fois sur dix la mère qui est appelée et pas le père. Les mentalités sont encore très « traditionnelles » et les femmes sont confrontées à des enjeux particuliers, des exigences auxquelles les hommes n’ont pas à répondre.

 AFDL : L’injustice est un sujet qui semble particulièrement vous tenir à cœur ?

Mathieu :  Je dirais plutôt que c’est la justice qui me tient à cœur ! Dans « Un fils parfait », Daphné se heurte à la justice, et j’essaye de montrer à quel point un dossier mal embarqué peut conduire à une situation ubuesque et dramatique. Au contraire, dans « Je me suis tue », j’essaye de montrer qu’une coupable sur qui peut se déverser la haine populaire a une histoire bien plus compliquée que le résumé qui pourrait en être fait sur les réseaux sociaux ! Claire est une héroïne qui serait condamnée à coup sûr par l’opinion publique, et c’est le rôle de la justice de creuser, de comprendre et de trancher loin de l’émotion.

AFDL : Vos héroïnes sont des femmes auxquelles la vie sourit, pensez-vous que le milieu dans lequel elles évoluent soit plus « muet » ?

Mathieu : Je ne sais pas s’il est plus muet, mais le milieu dans lequel je fais évoluer mes héroïnes est clairement un environnement où l’image de soi qu’on projette a une importance particulière. Pour Daphné comme pour Claire, c’est un enjeu quotidien d’être une mère parfaite, une professionnelle accomplie, une femme séduisante, une convive enjouée et cultivée dans les dîners… Pas question de baisser la garde !

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Mathieu : J’en ai plusieurs, mais je n’ai pas encore démarré vraiment. Des idées, des situations, des personnages, mais rien de construit à ce stade. C’est un peu toujours comme ça, je réfléchis, j’observe, je me nourris des discussions autour de moi et quand je m’y mets je ne m’arrête plus. Le vrai enjeu maintenant est de savoir si je poursuis dans une veine drame, tension, psychologie ou si j’explore de nouveaux univers, l’aventure, l’amour, le burlesque. Je n’irai pas vers le « feel good », j’ai envie d’écrire ce que j’aime lire !

AFDL : Etes-vous, vous-même, lecteur ? Que lisez-vous habituellement ?

Mathieu : Je suis un lecteur compulsif, je lis 80 à 100 romans par an. Uniquement des romans, je m’endors si je lis des essais ou des livres de management… Une moitié de polars, et l’autre de la littérature, principalement française.

AFDL : Quel est votre livre préféré ?

Mathieu: C’est une question très difficile d’en choisir un. Parmi les classiques, « Le vicomte de Bragelonne » mérite une mention spéciale, et dans mes lectures plus récentes j’ai adoré « Un paquebot dans les arbres » de Valentine Goby, ou « Mister Gwyn » d’Alessandro Barrico, une merveille !

AFDL : Un dernier petit mot pour nos lecteurs

Mathieu :  ouf, j’en ai déjà beaucoup dit, non ? Achetez des livres, c’est le meilleur moyen de pouvoir continuer à en lire…

 

 

 

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14 réflexions au sujet de « Rencontre avec l’écrivain Mathieu Menegaux »

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