Roman Contemporain

Manger dans ta main – Sophie Carquain

MANGER DANS TA MAIN – SOPHIE CARQUAIN

Editions Albin Michel – Mars 2017

Merci aux Editions Albin Michel pour leur envoi 🙂

4ème de couverture

« Engraisser les autres, c’est ce que tu sais faire de mieux ! » lance Sandra à sa mère Luisa lorsqu’elle lui présente sa nouvelle compagne. C’est Rose, ravissante cochette d’élevage destinée à finir en chair à pâté, si vive et si affectueuse que, toute honte bue, Luisa la couve de mille attentions.
Tout semble en effet opposer Sandra, brillante psy parisienne soignant de jeunes anorexiques, et Luisa, retirée depuis peu dans son Algarve natale. L’une est dure comme la pierre, l’autre trop bonne. Rose saura-t-elle les réconcilier… si toutefois elle échappe à son triste sort ?
Sophie Carquain évoque à travers ce récit aux allures loufoques et tendres notre rapport à l’animalité à l’humanité, et au deuil.

Mon avis

Ce premier roman pour adulte de Sophie Carquain est une réussite. Fine et sensible, la plume de l’auteure évoque les aléas de la vie – ces troubles avec lesquels on compose, bon gré, mal gré, au fil des ans.

Luisa, quadragénaire, était cette femme active parisienne, jonglant entre son travail de couturière puis de dame de compagnie, ses activités personnelles, ses deux filles – affairée et zélée, vivant son existence à 100 à l’heure, comme des milliers d’autres, sans vraiment l’analyser. Les jours se succèdent sans mesure des sacrifices faits et des conséquences qui en résultent peu à peu.

Suite au décès de son employeuse, Luisa se retire au Portugal, à la campagne et y construit une vie emplie d’habitudes : faire le marché, la cuisine, le jardin, aller à la gym, à la bibliothèque…Une vie rythmée et organisée qui grime sa solitude et dissimule ses douleurs. Ses filles sont parties : l’une est tragiquement décédée, l’autre la rejette. Son mari la délaisse, accaparé par son travail.

Luisa souffre. Elle, la mère nourricière est seule. Pleinement seule.

« A quarante-quatre ans, Luisa comprenait que la souffrance, c’était ce silence brutal, flambant neuf, qui succédait aux années de plein, aux années de rire. Car vous aviez gouté à la félicité familiale, comme on mord dans une tarte aux pommes toute chaude, et soudain tout cela vous était repris. C’était ça, voir grandir ses enfants. »

Et puis, il y a Sandra, sa fille aînée – une épine à son flanc. Psychologue dans une clinique qui traite les troubles alimentaires des adolescents, anorexique elle-même, maniaque du contrôle, Sandra la maintient hors de sa vie.

« … dans ce manuel, Luisa avait appris que certains enfants s’affament, se dépense pour « chasser en eux », la mère caressante, étouffante. Celle qui engraisse. Quelle idée intéressante avait-elle pensé. Et aussitôt, elle avait fait le parallèle, avec la détermination de Sandra, la volonté féroce qu’elle plaçait en tout. Mais quelle mère cherchait-elle donc à chasser ? »

Chacune d’elles façonne son quotidien, au mieux : l’une se noie dans le travail et le sport au détriment de sa vie personnelle, l’autre compense son mal d’amour en maternant Rose, sa gentille cochette.

L’écriture de l’auteure, parfois humoristique, souvent sérieuse, mais toujours mesurée, retranscrit admirablement les difficultés de ces deux femmes. Les situations sont choisies, les mots éclairés. Le chagrin de Luisa nous atteint, celui de Sandra nous touche. On redoute leur résignation, on espère l’échange qui les console et les rapproche.

Ce livre est un concentré d’émotions parce qu’il est terriblement vrai.

Une réflexion au sujet de « Manger dans ta main – Sophie Carquain »

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