Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’auteure Sophie Carquain

Sophie Carquain est auteur de littérature jeunesse et journaliste spécialisée en psychologie. Elle a publié des contes pour enfants chez Albin Michel et co-écrit plusieurs essais avec la psychologue Maryse Vaillant. « Manger dans ta main » est son premier roman (chronique du 14.03.2017). Je vous invite à faire connaissance avec cette auteure de qualité.

Bonjour Sophie ! Je vous remercie d’accepter de répondre aux questions d’Au Fil des Livres. Cette rencontre me ravit.

AFDL : Qui êtes-vous Sophie Carquain ?
Sophie : Je suis écrivain et journaliste, spécialisée en psychologie et société (Madame Figaro, Version Fémina) et je tiens la double page livres jeunesse dans le magazine Famille et Education. Je passe mon temps à écrire que ce soit à prendre des notes sur de petits carnets, (des bribes d’histoires) ou à rédiger plus définitivement sur mon portable. J’ai commencé à publier des livres jeunesse (recueils de contes chez Albin Michel ou Zethel,  petits romans aux éditions Talents Hauts) ou des essais, co-écrits avec la psychologue Maryse Vaillant (disparue en 2013) avant de me lancer d’abord dans la biographie romancée, (Trois filles et leurs mères, ed. Charleston) puis dans le scénario de BD (Simone de Beauvoir une jeune fille qui dérange, publié en octobre dernier, avant de plonger, enfin, avec délice dans le roman !
J’ai trois enfants, grands maintenant, j’habite à Paris dans le meilleur quartier du monde (le cinquième arrondissement), là où fleurissent cinémas et librairies, près du jardin du Luxembourg où je cours tous les jours. C’est quasiment l’un des seuls traits de caractère que je partage avec Sandra, la jeune psychologue du roman « Manger dans ta main ». Ah non. La volonté peut-être aussi.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?
Sophie : J’écris depuis que je suis enfant. J’ai toujours eu cette passion, ce désir d’écrire, et toute petite, je pratiquais l’auto-fiction. Je me mettais en scène à travers de petites histoires, que je reliais avec une aiguille et du fil. De temps en temps, je réglais ainsi mes comptes avec ma famille. Quand je jugeais mes parents injustes, je réécrivais l’histoire, en mettant en scène la pauvre petite Sophie maltraitée, j’ouvrais la porte de ma chambre, et je déposais le livre dans le salon. Après, j’entendais les rires feutrés de mes parents : « Ah celle-là, alors ! »

AFDL : Ecrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Sophie : C’est ouvrir l’existence à ma part virtuelle, celle qui végète, qui somnole en moi, et qui a besoin qu’on la secoue. Quand j’écris, quelque chose s’allège en moi, je me sens mieux. C’est libérer la solitude qui nous étreint. C’est mieux comprendre ce qui m’arrive, mettre de l’ordre dans le chaos. Mais c’est aussi vivre mille vies en une. Devenir le temps d’un roman (comme pour « Manger dans ta main ») une jeune psychologue de 26 ans qui anime des ateliers d’écriture, une femme mélancolique de 44 ans qui vit au Portugal près de la mer, une jeune anorexique brillante et cynique, et même…une petite cochette, un cochon femelle de quelques jours comme dans le livre ! Le statut d’écrivain ressemble un peu à celui de comédien. On se laisse envahir par un personnage, et on l’interprète. L’écrivain va l’interpréter avec les mots, le comédien avec ses émotions. Mais dès lors que l’on touche à la fiction, que l’on créé des personnages, on peut se dire un peu comédien.

AFDL : Un premier roman est très souvent autobiographique. Ca ne semble pas être le cas pour le vôtre ?
Sophie : Eh non ! Je n’avais surtout pas envie de parler de moi. Je suis une ardente défenseure de la fiction. C’est ce que j’aime faire: créer des personnages, inspirés parfois de la réalité (ou non) leur langue, leur univers propre. Ce dont les Anglo-saxons sont friands, du reste. La littérature est un vrai travail et non le support d’états d’âmes parfois à peine masqués.
Je pense vraiment que l’auto-fiction a fait long feu. C’est derrière nous. L’auto-fiction, en outre oublie souvent le corps. Or, une vraie bonne histoire fait appel au corps, aux émotions, aux sensations. Je pense qu’une bonne histoire fait appel à la fois le cerveau gauche (la structure du texte, la raison, la réflexion) et cerveau droit, celui des émotions, et sensations (vue, odeur, toucher, etc).

AFDL : Quelle a été votre source d’inspiration pour l’écriture de votre roman  « Manger dans ta main  » ?
Sophie :Manger dans ta main « tricote » deux histoires : celle de Luisa, jeune femme portugaise qui se voit confier un petit cochon, et celle de Sandra, sa fille, psychologue auprès d’adolescents anorexiques à la Clinique du corps.
Concernant Luisa et son attachement pour Rose, le petit cochon, l’histoire m’a été racontée par une femme portugaise, en Algarve, Maria, chez qui j’ai passé trois jours, il y a deux ans. Maria m’a rapidement raconté cette histoire de cochon…Et moi je me suis immédiatement dit que j’aimerais raconter cette histoire ; que j’aimerais parler de ce piège qui se referme sur l’héroïne. J’ai pensé tout d’abord à en écrire une nouvelle, et puis, rapidement, l’histoire s’est « ouverte » à autre chose. Sandra est arrivée sur ces entrefaites, en squattant mon imaginaire, mais j’ai immédiatement saisi l’intérêt de jumeler ces deux histoires : celle de Luisa, qui engraisse un cochon, et celle de Sandra, qui malmène son corps, et s’occupe d’adolescents anorexiques. Sur fond de désordres alimentaires, je tenais mon roman. Ensuite, j’ai réfléchi aux personnages secondaires. Madame de Bure la gouvernante de Luisa ? Elle a existé sous un autre nom dans la vie de Maria.
Sandra, elle n’est inspirée par aucun personnage qui m’est proche. Son physique pourtant m’a été inspiré d’une jeune femme grande et très mince qui court quasiment tout le temps au jardin du Luxembourg, quand j’y suis.
Après cela, j’ai dû réaliser un travail de documentation : comment nourrit-on un bébé cochon ? Pourquoi lui coupe-t-on la queue ? Et que mange un cochon adulte ?  Idem pour le Portugal où je suis allée trois ou quatre fois, pas plus.

AFDL : Vous abordez l’anorexie et ses effets pervers, pourquoi avoir choisi ce sujet ?
Sophie : L’anorexie était un beau terrain de jeu, si je puis dire, à opposer au nourrissage et à l’engraissement pratiqué par Luisa. Bien sûr, quand il s’agit de relations mère et fille, la nourriture prend une importance fondamentale. Il y a beaucoup de femmes, dans ce roman : une mère, deux filles, une cochette, les amies de la gymnastique…

AFDL : Pourquoi ce titre, « Manger dans ta main » ?
Sophie : Il évoque la thématique de la nourriture (engraissement ou privation) présente dans les deux histoires, il définit parfaitement la notion d’apprivoisement dans les liens entre animaux/humains les liens entre tous les protagonistes du roman : Luisa et Rose, Luisa et Sandra, Sandra et Karen, Mathieu et Sandra, Antoine et Sandra…

AFDL : En quoi est-ce un roman « très contemporain » comme il est indiqué sur la quatrième de couverture ?
Sophie : C’EST UN ROMAN TRÈS CONTEMPORAIN, au sens où il est question de désordre climatique, du statut de l’animal… »Il y a un vrai bazar dans les règnes » dit madame de Bure.
Nous vivons dans un monde en pleine métamorphose, sur tous les plans- climatique, politique, social, religieux, psychologique…-, et j’avais envie de partir de cela. « Manger dans ta main » est un roman qui parle aussi du corps, du « second cerveau ». Ce qui se passe en ce moment est passionnant : on est en pleine bascule. On découvre d’une part l’importance du microbiote (au niveau intestinal-(cf « le charme discret de l’intestin » de Giuilia Enders), qui serait notre « second cerveau »-  et d’autre part la sensibilité et l’intelligence animales, puisque l’animal a été récemment, enfin, décrété « être vivant doué de sensibilité » (28 janvier 2015).

Sur le plan spécifiquement « humain » : Les individus sont perdus dans leurs désirs, leurs émotions, parce que les codes ont changé. Il n’est pas étonnant que Luisa se sente perdue dans son affection pour son cochon. Certes, comme l’indique Paul Wittawer (l’auteur du guide « Le cochon Moderne »), cette affection entre les femmes et les cochons a toujours existé, dans les campagnes. Mais aujourd’hui s’y ajoute cette notion d’intelligence et de sensibilité animales. L’intelligence a changé de camp, dirait-on. Elle n’est plus la prérogative des êtres humains, elle n’est plus cantonnée aux hémisphères cérébraux ! Les animaux en sont dotés et…même les végétaux. Ça c’est encore plus récent. Un livre, best-seller en Allemagne, « La vie secrète des arbres », qui vient de paraître en France, évoque cette intelligence des arbres, qui s’entraident les uns, les autres, qui auraient une « mémoire », une manière spécifique d’éduquer les « petits arbres »… Sans s’étendre davantage sur le sujet, j’aimerais juste souligner l’importance de cette intelligence alternative, aujourd’hui. Cette Nature douée non pas de raison, mais d’une autre forme d’intelligence.

AFFL : Ce livre est-il un plaidoyer pour les animaux ?
Sophie : Bien évidemment, on s’indigne, avec la ligue  L214, sur le statut fait aux animaux « doués de sensibilité ». Comment ne le serait-on pas ? Comment peut-on massacrer ainsi des animaux dans les abattoirs, en toute impunité ? Très récemment une polémique a encore éclaté au sujet de la maltraitance faite aux cochons.  Le « livre dans le livre », le faux guide de Paul Wittawer nous met, plus finement, sur la voie de cette souffrance animale. Qui est très proche de celle de l’être humain. Un cochon sait qu’il va mourir, un cochon n’aime pas les surprises car une surprise qui nous sort du rythme ordinaire de la vie, c’est toujours un peu la mort qui pointe le bout de son nez. Bref, un cochon réagit…comme un être humain.

Pour autant, ce livre n’est pas un plaidoyer pour l’animal. Ça n’est pas ce que j’ai voulu souligner. Du tout. C’est plutôt un plaidoyer pour l’humain. Je n’ai pas pénétré dans les unités industrielles de production de porc, comme Isabelle Sorrente ou JB Del Amo, et dans les unités d’abattage. J’ai cherché à entrer dans la sphère intime d’une femme qui s’est attachée à un animal « réprouvé ». Et qui en souffre. Aujourd’hui, cette souffrance humaine est également entendue. Dans un document très récent, « Steak machine », le journaliste raconte comment il s’est infiltré dans les abattoirs : la souffrance humaine y est aussi colossale. L’une n’exclut pas l’autre. D’un bout à l’autre de la chaîne, on souffre.

AFDL : Pourquoi un cochon ? Qu’est-ce que cet animal a de si spécifique ?
Sophie : Il y a eu « Truismes », puis « 180 jours » d’Isabelle Sorrente, et récemment, « Règne animal ». Le cochon est un des héros récurrents de la littérature contemporaine. Pourquoi ? Parce qu’il est l’un des animaux le plus proche de l’être humain- son intelligence, sa sensibilité et même, dit-on, la saveur de sa chair ! En 2013, les chercheurs ont constaté que le génome du porc est beaucoup plus proche de celui de l’être humain qu’on ne l’imaginait. Le cochon est l’un des plus gros pourvoyeurs d’organes : la biocompatibilité avec l’être humain est quasi parfaite. Bref, c’est notre cochon génétique, comme l’a écrit Michel Pastoureau.

Et pourtant-ô paradoxe- l’animal, qui nous ressemble le plus, est celui que nous maltraitons le plus !
Au Moyen-Age, le porc était assimilé au diable (celui qui regarde vers le bas). Préface de Pastoureau :
« Le porc est une bête immonde qui fouille constamment la terre avec son groin pour y chercher sa nourriture. Il regarde toujours vers le sol et ne lève jamais la tête vers le Seigneur. C’est pourquoi il est l’imagine de l’homme pécheur qui préfère les biens de ce monde aux trésors du Ciel ». (Liber animalium, bestiaire latin du XIIème siècle) (préface du livre de Pastoureau).
Aujourd’hui, c’est toujours un animal réprouvé.
On lui retire ses canines et lui coupe sa queue à la naissance (sans anesthésie), on le castre (mâle et femelle), sans anesthésie, on l’engraisse et le tue sans autre forme de procès. Pourquoi maltraitons-nous l’animal qui nous ressemble le plus ? N’est-ce pas parce que nous craignons inconsciemment qu’il ne nous prenne notre place ? Regardez dans « Animal Farms » de George Orwell, la pirouette de la fin du roman : ce sont les cochons qui prennent le pouvoir. Cette proximité du cochon avec l’être humain parcourt toute la littérature.

On pense bien entendu à la fameuse « rivalité mimétique » de René Girard. On se sent menacé par ce qui nous ressemble…On le voit dans le dernier chapitre de Manger dans ta main : le chien est moins intelligent (moins proche de l’homme en tout cas) donc mieux loti.

AFDL : Luisa reporte son affection sur Rose la cochette, pourtant elle accepte finalement  « son sacrifice « , pourquoi ? Qu’espère-t-elle ?
Sophie : Je crois qu’elle n’espère pas grand-chose. Elle se laisse porter par la fatalité. Qu’on le veuille ou non, le sacrifice de l’animal est presque incontournable encore aujourd’hui. Elle le dit, elle-même, quand elle dresse une liste de « pour » et de « contre ». Le sacrifice de cet animal serait la validation très paradoxale de son humanité, et de l’humanité de tous les hommes. J’ai entendu une philosophe Françoise Armengaud (que je cite en exergue de ce roman) s’offusquer de ce sacrifice soi disant nécessaire. Mais nous en sommes probablement encore là. Du moins, est-on entrain d’évoluer. L’anthropologue René Girard a très bien analysé cette notion de sacrifice qui fédère les êtres humains, ce sacrifice qui inaugure toute culture. Mais dans le cas de ce roman, rien n’est analysé de façon aussi philosophique, jamais. J’y mets un point d’honneur ! C’est beaucoup plus intime. La vie de Rose a un sens, son sacrifice aussi. Mais cela s’intègre dans les relations mère-fille. Elle leur permet aussi de se réconcilier, d’une certaine manière, et d’inaugurer un nouveau cycle de transformations.

AFDL : Une note d’espoir achève le roman, Luisa et Sandra peuvent-elles se retrouver ?
Sophie : Oui, bien entendu ! Je ne dévoilerai pas la fin du roman, mais mère et fille vont se retrouver, se réconcilier. On peut dire que Rose la petite cochette aura réussi son pari : réconcilier mère et fille. Sa vie n’a pas été vaine…La fin est néanmoins très ouverte, je ne fais que la dessiner et c’est au lecteur de s’en emparer et de la développer. De façon générale, j’ai écrit ce roman comme j’aurais aimé le lire : une narration très détaillée, très simple, une écriture fluide, quelques moments de lyrisme, mais pas trop de didactisme ou d’analyse : c’est au lecteur d’analyser. Je ne voulais pas le saouler ou l’enivrer d’un surcroît de nourriture.

AFDL : Vous écrivez beaucoup, mais êtes-vous également lectrice ? Que lisez-vous ?
Sophie : Bien évidemment. On ne peut pas écrire sans lire. Comme disait Julien Gracq, « En lisant, en écrivant » : les deux se font de pair. Je lui pas mal d’essais pour mon travail de journaliste, en particulier des essais psy. Mais j’aime surtout les romans et les nouvelles. JE voue une passion à Marguerite Duras, (dont j’ai écrit la biographie romancée il y a trois ans : » Trois filles et leurs mères, Duras, Beauvoir, Colette », ed. Charleston.

AFDL : Avez-vous un livre préféré ?
Sophie : Plusieurs. « Un barrage contre le Pacifique »de Marguerite Duras, « Le ravissement de Lol V. Stein » de Marguerite Duras, « Les amants du Spoutnik » de Haruki Murakami, et toutes les nouvelles de Raymond Carver. J’ai découvert il y a peu, d’ailleurs, que Murakami était le traducteur de Carver ! C’est étrange, ils n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre, et pourtant, ils font partie de la même famille. J’ai adoré également la saga d’Ellena Ferrante, en particulier le tome 2 « Le nouveau nom » : un petit bijou. J’aime quand le centre du roman repose sur la littérature, la réflexion sur la littérature. C’est le cas chez E. Ferrante. C’est le cas dans « Les amants du Spoutnik ». Ce sont mes études littéraires sans aucun doute qui me poursuivent.

AFDL : Un dernier mot pour nos lecteurs …
Sophie : J’adore raconter des histoires! Et ce qui est magnifique, avec la fiction, quand vous faites œuvre d’imagination, c’est que, souvent, c’est beaucoup plus vrai que la réalité. Il y a une vraie « ruse de la fiction »; Cela signifie que, si vous prenez le parti de l’imagination…vous retombez sur des « flashes de réalité » . Je l’ai expérimenté à plusieurs reprises. Pour décrire le désarroi de Luisa, elle se met à arroser beaucoup trop ses bananiers (comme si elle reportait l’affection sur les végétaux), j’ai trouvé qu’il existait une maladie spécifique provoquée par un excès d’eau sur les bananiers… Idem pour Rose la petite cochette : cela m’arrangeait qu’elle soit malmenée à cause de sa « féminité ». Or, les cochettes sont les seules femelles (dixit Michel Pastoureau dans son livre) à être castrées à l’âge de deux mois.
Second point : pour moi, dans le roman, « le diable est dans les détails ». On tient la main du lecteur en lui proposant un univers foisonnant de petits détails réalistes : odeurs parfums, détail d’un objet…Tout cela compte énormément. Et procure ce que tous les lecteurs recherchent : un vrai bonheur de lecture.

C’est cela que je voudrais vous offrir avec ce roman : un vrai grand bonheur de lecture ! Et d’après les premiers « retours » sur ce roman, tout le monde me parle de « régal de lecture ». Ça me comble.

 

 

 

 

 

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