Roman Contemporain

Un Paquebot Dans les Arbres – Valentine GOBY

Un paquebot dans les arbresUN PAQUEBOT DANS LES ARBRES

Valentine GOBY

Editions Actes Sud – Août 2016

coeur 5

Je remercie le blog https://mybooksntea.wordpress.com de m’avoir fait gagner le livre de mon choix – en l’occurrence ce roman –  lors de son concours sur Instagram. Je vous invite à visiter le super site de cette adorable blogueuse que j’adore 🙂

4ème de couverture

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la sécurité Sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
A l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 -, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

Mon avis

Il y a des romans que l’on ne parvient à poser avant de les avoir achevés – ces romans qui nous arrachent un soupir lorsque la dernière page se tourne. Ces romans que l’on dévore, captivés par le récit, l’épaisseur des personnages, l’émotion qui s’en dégage, happés par les chapitres qui font vibrer notre cœur. Ces romans que l’on repose, conquis, un grand « waouh » aux lèvres, un peu différent de ce que l’on était avant, touché. « Un paquebot dans les arbres » est un de ces romans.

L’histoire, celle de Mathilde et sa famille, est inspirée par l’existence d’Elise Bellion, que l’auteur a rencontrée lors de l’écriture de son roman « Kinderzimmer». Véritable témoignage, « Un paquebot dans les arbres » évoque une réalité historique méconnue ou oubliée :

« C’est une tragédie silencieuse, celle de la famille Blanc au début des années 1960. Un récit en marge, celle de la maladie et de la misère au temps miraculeux de la prospérité, de la Sécurité Sociale et des antibiotiques qui semblent clore l’histoire de la tuberculose. »

L’histoire sera celle de cette famille, les parents, trois enfants, dont la vie bascule à l’apparition de la tuberculose. L’engrenage est infernal, irrémédiable. On assiste impuissant, ému, à leur perte, dans cette société qui ne les protège pas, dans un monde où la peur de la contagion isole.

 « Ils sont sonnés. Même Mathilde se tait. Jacques fixe la pointe de ses chaussures. Plus de couple. Plus d’enfants. Plus de famille. Plus de travail. Plus de maison. C’est une dépossession totale. »

Et puis, il y a Mathilde, cette jeune fille un peu à part dans la famille, dissipée, têtue et volontaire, en perpétuelle quête d’amour, coincée entre une sœur aînée « préférée », un frère décédé qu’elle n’a pas remplacé, et un petit frère discret dont elle aura toujours le souci. Elle est courageuse Mathilde. Elle épate. Remue nos tripes. On entend son désespoir. On voudrait la soutenir. La tenir. La rassurer. Les mots sont justes. Le style épuré. Direct. Les pages se tournent, encore et encore. C’est fort. Intense. Rude. On écoute Mathilde. Mathilde si dévouée. Le ciment de cette famille à la dérive.

« Rien n’aurait pu persuader Mathilde de renoncer à sauver les siens pour se sauver elle-même. Et tandis qu’elle respire l’odeur verte de la forêt, écoute la pluis goutter des branches sur les décombres du sana, elle en est sûre, en ce jour de juillet 2012, comme elle en était sûre ce jour de juin 1961 : ce qu’elle aurait délaissé, aucune institution ne l’aurait pris en charge. La famille, ils n’avaient que ça. En dépit de l’épuisement, de la tentation de la fugue, jamais elle ne les aurait abandonnés. »

La sensibilité du roman est telle que tous nous bouleversent. Même Paulot, le doux rêveur, Odile la fidèle amoureuse – ces éternels inconscients qui ne mesureront pas la détresse de leur fille -, Jacques, ce fils oublié. Même Annie qui privilégie sa survie. Tous sont nos voisins, nos amis. Ces gens que l’on côtoie. On y croit. Ils sont vivants. Vrais.

Valentine Goby, de sa plume experte, nous offre une fresque réaliste des Trente glorieuses : les aides sociales, l’accès aux soins, la précarité, le conflit algérien, les mentalités. Tout est dépeint. L’écrit est documenté, précis et précieux. Il nous rappelle l’important. Aussi.

« … elle vous énoncerait au centime près le montant de ses premières cotisations, merveilleux mot, co-ti-sa-tions, qui fait d’une visite chez le médecin un acte de routine, d’une grippe un état passager, il allège les souffrances physiques avant même leur apparition, dissipe l’effroi de la ruine. »

Ce roman sobre et épuré qui côtoie la tristesse, la résignation parfois, sans jamais sombrer dans le mélodramatique, est une véritable leçon de courage et de solidarité. Une vive émotion, riche et lumineuse.

« C’est une danse étrange que celle de Mathilde sur ce fil, son corps penchant toujours du même côté, lesté du poids d’amour qu’elle porte à Odile, Paulot et Jacques ; du côté de l’oubli de soi. »

Coup de coeurAssurément, « Un paquebot dans les arbres » est un roman « coup de cœur ! »

 

6 réflexions au sujet de « Un Paquebot Dans les Arbres – Valentine GOBY »

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