Roman Contemporain

Les Enfants de Venise – Luca DI FULVIO

les enfants de veniseLes Enfants de Venise – Luca DI FULVIO

Editions Slatkine Et Cie – Mai 2017

coeur 4

Je remercie Mariette de la Librairie FORUM de Besançon pour cette lecture.

 

 

4ème de couverture

Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. “Je te retrouverai”, voilà ce qu’il avait dit. »

La misère radieuse d’une bande d’enfants perdus, la fille secrète d’un médecin sans diplômes, la découverte de l’amour, l’or, le sang, la boue, l’honneur… pour son nouveau roman, Luca Di Fulvio vous emporte à Venise.

Une intrigue efficace, des dialogues authentiques et des personnages tous plus attachants les uns que les autres… Un roman historique unique.

Mon avis

Ce roman se ressent comme un grand film de ciné club, noir et blanc, tourné dans les années 1950. Grande saga historique, il relate la vie d’adolescents courageux, entourés de personnages hauts en couleur, à Rome, Mestre et Venise en 1515. C’est l’histoire des laissés-pour-compte, des pauvres et des persécutés dans un monde d’intolérance et de faux-semblants. C’est le récit d’une lutte de tous les instants entre exploitation, abandon, trahison, survie et lois des plus forts. Les acteurs se croisent, se lient, se nuisent dans le dédale des ruelles vénitiennes, glanant reconnaissance et amour, déjouant les tours malsains, faisant fi des éléments, s’attachant à leurs rêves malgré la conjoncture hostile, redressant l’échine pour vaincre une fatalité qu’ils n’acceptent plus.

Les descriptions sont soignées, précises sans fioriture. Les détails crus, bruts. Les corps exècrent, puent, souffrent. Venise, la sérénissime, fait choir ses habits de lumières et révèle l’envers du déco. Sa lagune revêt son sombre costume : sale, dangereuse, puante, toxique. Insalubre. On y est, on ressent l’atmosphère que Di Fulvio décrit avec grand art sans jamais nous perdre dans l’épaisseur de son pavé littéraire. 800 pages, c’est conséquent, et pourtant, elles s’avalent, se digèrent, se tournent encore et encore.  L’angoisse des arrières du pont Rialto, les places, les canaux exigus, toute l’atmosphère transparaît au-delà des mots et nous atteint. Les images sont là, bien réelles. On sent presque l’odeur de ces poissons qui pourrissent, de ces fruits qui se décomposent, de ces corps qui s’oublient, les excréments, les rats. Di Fulvio nous tient, nous retient, nous enserre, nous emprisonne dans ces pages qui s’absorbent, dans son récit qui captive. Les rebondissements sont nombreux, tiennent en haleine, même si l’on sait le dénouement prévisible. On se laisse émouvoir, convaincre, emporter parce que les mots sont beaux.

 « Moi, je n’ai jamais su si j’avais les mains de mon père ou de ma mère. C’est peut-être pour cette raison-là que je ne comprends pas pourquoi c’est important d’être juif ou chrétien… Parce que moi, je ne fais partie de rien. Je te demande pardon. »

5 réflexions au sujet de « Les Enfants de Venise – Luca DI FULVIO »

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