Roman Contemporain

Les Corps Inutiles – Delphine Bertholon

Les corps inutilesLES CORPS INUTILES – Delphine Bertholon

Editions JC Lattès – Février 2015

Editions Le livre de Poche – Août 2016

coeur 5

 

 

4ème de couverture

« Elle avait décidé d’aller à la fête. Ne savait pas où aller, en fait. Elle avait pleuré tout son saoul sur le bord du trottoir, pleuré et pleuré encore, puis les larmes s’étaient taries, séchées par le vent. Le ciel passait de bleu à noir, il était vingt heures trente (pile, comme un signe) sur la casio vintage. Elle avait quinze depuis quelques jours. Elle avait mille ans depuis quelques minutes. »

Clémence doit fêter la fin du collège avec ses amis. Le sort en décide autrement. Mauvaise rencontre. Quinze ans plus tard, la jeune femme, solitaire et sauvage, travaille à la Clinique, une usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour des hommes esseulés. Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les Corps Inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

Mon avis

Les Corps Inutiles fait partie de ces romans qu’on lit avec assiduité, pressé de connaître le dénouement et qu’on referme et repose sans cesse, appréhendant la dernière page qui signera la fin de la lecture. C’est terrible cette envie d’achever un roman et ce besoin de ne surtout pas le terminer. Pas déjà. Non, ce n’est pas possible. J’en veux encore !  Quelle angoisse … Un dilemme qui suscite beaucoup d’émotions. Et il y en a des émotions dans ce livre. Énormément. Inutile d’espérer en sortir indemne, c’est impossible.

Delphine Bertholon décortique habilement les méfaits de l’Agression : les effets de la peur, de l’insertion dans la sphère intime, du sentiment de salissure, de la culpabilité, de la honte qui induit le silence, de l’incompréhension. Elle analyse le puissant traumatisme qui désagrège le moi et morcelle la conscience.

« Moi était une chose vague, lointaine et nébuleuse, un reflet fracassé dans les miroirs de bar, un concept, une entité. J’avais le sentiment d’avoir vécu mille vies, mais aucune n’était la mienne : tout me semblait fictif, comme si Clémence Blisson, c’était du cinéma. »

Le regard des autres « Allons, Clémence, ce n’est pas si grave ! Ce n’était même pas un viol » et ses conséquences. Clémence s’est construite sur des ruines. Devenue elle-même poupée de silicone – comme celles qu’elle maquille à la Clinique – insensible, objet sexuel consommable, dénué de sens et d’envie, bout de chair enjolivé comme un camion neuf, adepte d’une baise à sens unique, elle se livre, se dégrade, se maltraite. Elle attend, elle espère, croit maîtriser, mais ne maîtrise rien, subit, provoque.  Les mots choquent. Clémence choque. Son trouble nous émeut. Perturbe. Delphine Bertholon est si juste. Alternant le récit de l’adolescence et la narration d’un présent plus que complexe, elle nous saisit aux tripes, nous malmène. Non, il ne faut pas terminer ce livre. Et pourtant, il faut savoir. L’histoire ne peut s’achever ainsi, sur cette vie triste à mourir, huilée d’habitudes.

Ce livre bouleverse, « fout les jetons », perturbe, interroge. Le profil psychologique et le cheminement de l’héroïne sont décrits avec rudesse et finesse. Les mots sont nets, bruts et filants. C’est une atmosphère, un ressenti à la fois primitif et subtil. Un style à part entière. Delphine Bertholon est indéniablement un grand auteur.

Interview de DELPHINE BERTHOLON  Ici

 

6 réflexions au sujet de « Les Corps Inutiles – Delphine Bertholon »

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