Roman Contemporain

L’Invention des Corps – Pierre Ducrozet

l'invention des corpsL’Invention des Corps – Pierre Ducrozet

Editions Actes Sud – 16 Août 2017

coeur 4

 

 

 

Je remercie les Editions Actes Sud pour cette lecture.

Résumé Éditeur

Dès les premières pages, L’invention des corps s’élance dans le sillage d’Álvaro, jeune prof mexicain, surdoué de l’informatique, en cavale après les tragiques événements d’Iguala, la nuit du 26 septembre 2014 où quarante-trois étudiants disparurent, enlevés et assassinés par la police. Rescapé du massacre, Álvaro file vers la frontière américaine, il n’est plus qu’élan, instinct de survie. Aussi indomptable que blessé, il se jette entre les griffes d’un magnat du Net, apprenti sorcier de la Silicon Valley, mécène et apôtre du transhumanisme, qui vient de recruter une brillante biologiste française. En mettant sa vie en jeu, Álvaro s’approche vertigineusement de l’amour, tout près de trouver la force et le désir d’être lui-même.
Exploration tentaculaire des réseaux qui irriguent et reformulent le contemporain – du corps humain au World Wide Web –, L’invention des corps cristallise les enjeux de la modernité avec un sens crucial du suspense, de la vitesse et de la mise en espace.
Il y a une proportion élevée de réalité dans cette histoire étourdissante, sans doute sa part la plus fantastique, la plus effrayante. Mais c’est dans sa foi butée, parfois espiègle, en l’être humain que ce roman d’alerte déguisé en page-turner puise son irrésistible force motrice.

Les mots de Pierre Ducrozet

« À QUOI ÇA POURRAIT RESSEMBLER, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? Parfois, dans les bars, le soir, on se pose des questions de ce genre. 
J’ai imaginé alors un roman sans centre, fait de plis et de passages, de liens, d’hypertextes, qui dédoublerait le mouvement du monde contemporain, en adoptant Internet comme sujet et comme forme. Je suis parti au Mexique et en Californie, et j’ai écrit ce livre.
L’invention des corps tresse des liens entre les hackers d’Anonymous et les transhumanistes de la Silicon Valley, la violence du monde et son envers aseptisé, les cellules souches et Hiroshima, Google et le lsd, la peau et l’infini. 
Je voulais des ordinateurs mais aussi des routes, de la terre, la poésie des tubes et des nerfs.
Je voulais écrire une histoire des corps contemporains, observer comment l’époque les sculpte et les déforme, je voulais les regarder de près pour savoir ce qu’ils nous disent. Tous les personnages vont éprouver leur corps, le pousser plus avant, le redéfinir, et en premier lieu Álvaro, qui vient d’une société où la mort rôde et débarque dans une autre qui veut l’éra-diquer, sans que l’on puisse dire laquelle est la plus humaine. 
Face aux transhumanistes, savants fous qui souhaitent l’avènement d’un homme nouveau, va se dresser une bande de pirates du XXIe siècle. Née de l’utopie d’Internet, cette génération d’électrons libres, transnationale et autoformée, va petit à petit prendre les commandes du livre, et du monde. 
La littérature (comme l’alcool, d’ailleurs) mène finalement à ça : essayer de répondre à des questions qu’on ne vous a pas posées. »

Mon Avis

Une écriture vive, complexe, percutante qui ramone les neurones et ébranle les synapses.

Repenser le corps, cette enveloppe de peau qui vieillit, souffre, se dégrade, cet amas de tissus dont on cherche à repousser les limites pour contrecarrer l’issu. Ce corps que l’on oublie, que l’on maltraite, que l’on ignore, que l’on enveloppe, améliore, répare, façonne, modifie, dépasse, à coup de technologies de pointe, de trouvailles scientifiques, d’avancées médicales. Toujours mieux, toujours plus, dans une réalité qui évolue sans fin, soutenue par des investissements pharaoniques, au détriment d’une éthique contestable – qui est Dieu ?  – ou portée, dans l’ombre, par des cerveaux hors norme, pas à pas dans la concrétisation de concepts innovants.  S’opposent, au fil des lignes, entre les vivants et les fous, le désir d’un progrès interconnecté, puissant et révolutionnaire et la folie d’une recherche intemporelle de l’immortalité. Ne pas mourir, que sommes-nous ?

Les pages se digèrent sur ces esprits qui s’entremêlent tels les câbles des réseaux, inter-reliés au monde, dans une étude historique précise que l’auteur nous livre, au milieu des cheminements de ses personnages contrastés. Le questionnement éthique s’impose face au déséquilibre et au pouvoir d’un argent qui exploite, sans limite, pour atteindre une vie entièrement maîtrisée.

« Ne sachant rien du désir, il n’a pas de notion de la mort. Le noir infini n’est pour lui qu’une peur, une angoisse sourde, sans le moindre lien avec le vivant. Non seulement la mort n’a pas lieu d’exister, mais elle n’existe pas. Elle est entièrement détachée du réel, elle est hors de toute chose. S’il avait fait, plus tôt, l’apprentissage du désir, il aurait appris que la perte lui est consubstantielle, et que rien n’existe qui ne puisse disparaître. »

Un roman fort qui ne laisse pas indifférent.

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