Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’Éditrice et Auteure Caroline Laurent

Caroline LaurentRencontre avec l’Éditrice et Auteure Caroline Laurent

Agrégée de lettres modernes, jeune éditrice, Caroline Laurent est directrice littéraire du domaine français aux Editions Les Escales.  De sa rencontre avec Evelyne Pisier naîtront une amitié intense, malgré sa brièveté, et un roman à quatre mains magnifique Et soudain, la liberté. (Chronique ici)


AFDL : Je vous remercie sincèrement d’avoir accepté de répondre à mes questions.
Qui êtes-vous Caroline Laurent ?

Caroline : J’ai l’impression que ce qui nous définit, paradoxalement peut-être, c’est notre relation aux autres. Qu’on est ce que l’on est parce que face à soi, quelqu’un nous tend un miroir. Dans ces différents miroirs, je vois tantôt une jeune femme joyeuse, curieuse et engagée dans ce qu’elle fait, travailleuse, pressée, tantôt une petite âme grise aux penchants mélancoliques, voire nostalgiques (ce qui est très mauvais). En résumé, je suis un moteur hybride (les lecteurs d’Et soudain, la liberté apprécieront la référence discrète à ma fonction «d’ « éditeur garagiste »).

AFDL : Vous êtes agrégée de lettres, pourquoi avoir choisi le monde de l’Edition plutôt que celui de l’enseignement ?

Caroline : Je vais vous raconter une anecdote qui vous en dira long sur ma candeur (ce n’est pas un compliment). J’ai obtenu l’agrégation de lettres en 2010, tandis que j’étais déjà éditrice (aux éditions JC Lattès). Je savais que je voulais rester au plus près de la création littéraire. Mais je trouvais bien dommage de ne pas pouvoir « valider » cette agrégation, c’est-à-dire enseigner un an. Sans validation, je perdais « le bénéfice du concours ». Hélas pour moi, la loi interdit le cumul d’un emploi dans la fonction publique et dans le secteur privé. De ma plus belle plume, j’ai alors écrit au Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, pour lui demander de valider l’agrégation… sans me faire payer. En résumé, j’étais prête à donner des cours gratuitement pour valider le concours, tout en poursuivant mon travail d’éditrice. Il a dû me prendre pour une folle et m’a répondu que la démarche était noble mais pas très réaliste ! J’en ris encore… Ce qui me fait moins rire, ce sont les conditions de travail des enseignants aujourd’hui, l’absence de reconnaissance, les classes surchargées et toutes les hypocrisies d’un système à bout de souffle. Les enseignants ont toujours eu beaucoup d’importance dans ma vie, et je déplore que leur travail soit devenu si difficile.

AFDL : Dans « Et soudain, la liberté », vous évoquez votre métier d’éditrice, pouvez-vous nous en touchez deux mots ?

Caroline : « Éditrice garagiste », donc. Mettre les mains dans le cambouis. Descendre dans le texte. Je crois sincèrement que le métier d’éditeur se rapproche du métier de sage-femme. Socrate parlait de maïeutique (accoucher les esprits). Voilà qui résume bien les choses. Je ne suis pas là pour me substituer à l’auteur, pas là pour projeter mes propres fantasmagories sur son texte. Mon rôle est simplement de l’aider, lui auteur, à comprendre ce qu’il voulait écrire, pour qu’il puisse vraiment le faire… 

AFDL : Comment choisissez-vous les textes que vous souhaitez éditer ?

Caroline : L’instinct. L’évidence. Ce petit nœud qui se forme sous le nombril. La gorge qui s’assèche un peu. La pupille qui se dilate. Oui, vous avez compris. Ce sont les caractéristiques du coup de foudre. Je déteste la sensiblerie niaise et la guimauve, mais j’ai un fond violemment romantique en moi – sensibilité serait un plus joli mot.

AFDL : Comment se déroule votre partenariat avec un auteur ?

Caroline : Étonnant, votre terme de « partenariat »…  Mais vous mettez le doigt sur quelque chose : l’auteur et l’éditeur sont des partenaires, non pas comme dans une entreprise ou une activité sociale, mais comme dans un couple. Première étape, la rencontre : la lecture du texte pour la première fois. Puis le flirt : des mails, des coups de fil, des rendez-vous. L’engagement : la signature d’un contrat. Vient ensuite le temps d’élaboration du récit. On parle du texte, on s’interroge, on dialogue. L’auteur reprend sa version, me renvoie la nouvelle, sur laquelle je lui fais un retour. Le mariage est célébré à la sortie du livre. Certaines histoires durent toute la vie ; certaines se concluent par un divorce ; quelques-unes par une pause. Il ne faut pas s’en rendre malade. Il est beau que l’autre soit libre.

AFDL : Et vous-même, trouvez-vous le temps d’écrire ?

Caroline : Je vais le prendre pour de bon.

AFDL : Ecrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Caroline : Demandez à l’oiseau ce qu’il serait sans le ciel.

AFDL : L’expérience du roman « Et soudain la Liberté », vous a-t-elle donné l’envie d’écrire à nouveau ?

Caroline : En vérité, cette expérience m’a raccordée à ce désir qui était déjà là, tapi au fond de moi (et peut-être pas si bien tapi que cela, d’ailleurs). Evelyne (Pisier) m’a offert ce cadeau inestimable. Elle sera toujours ma fée.

 AFDL : Quels sont vos projets ?

Caroline : Malheureuse ! Impossible d’en parler, je suis trop superstitieuse… Mais un projet romanesque de toute évidence.

AFDL : Quels sont les livres de votre PAL ?

Caroline : Une étude d’Anthony Burgess sur Shakespeare, un livre de Charlotte Delbo, « Les Loyautés » de Delphine de Vigan, « Un certain M. Piekielny » de Désérable.

Quels sont vos trois derniers livres « coup de cœur » ?

Caroline : « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas (une splendeur), « Gabriële » d’Anne et Claire Berest et « La Grande Roue » de Diane Peylin.

Un dernier mot ?

Caroline : « On songe moins à vivre bien qu’à vivre longtemps. Pourtant, chacun est maître de vivre bien. Personne ne l’est de vivre longtemps. » Sénèque.

 

Publicités

Une réflexion au sujet de « Rencontre avec l’Éditrice et Auteure Caroline Laurent »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s