Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’Auteure Hadia Decharrière

Rencontre avec l’auteure Hadia Decharrière

Hadia Decharrière

Née de parents syriens, Hadia Decharrière vit en France depuis son plus jeune âge. Sa petite enfance a été marquée par deux événements majeurs, une parenthèse de vie entre la Syrie et les États-Unis en pleine Guerre Froide, et la mort de son père, lorsqu’elle a six ans. À trente-six ans, elle a l’âge de sa mère quand elle devient veuve et sa fille a 6 ans, l’âge qu’elle avait quand elle a perdu son père. (Sources JC. Lattès)

Grande Section paru en Mars 2017, aux Editions JC Lattès est son premier roman.

Hadia a accepté de répondre aux questions d’Au Fil des Livres.

AFDL : Bonjour Hadia, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions, je suis très touchée et ravie de vous découvrir. Qui êtes- vous Hadia Decharrière ?

Hadia : Je suis tout et rien à la fois, une espèce de méli-mélo que j’ai moi-même du mal à définir de façon concise. Je suis, me semble-t-il, une adulte qui n’a jamais cessé d’être une enfant. J’exerce, au quotidien, un métier redouté du plus grand nombre, je suis chirurgien-dentiste, tout en n’ayant pas le sentiment d’appartenir à la famille que forment mes confrères. Je soigne les maux de la bouche de mes patients, et, dès qu’un moment de liberté se présente, je me hâte de coucher sur le papier les mots qui ne sortent pas de ma propre bouche. Ma nationalité est française, mes origines, syriennes. Je suis tout cela, une ambivalence permanente, le sentiment d’être multiple, française et arabe, médecin et écrivain, adulte et enfant, sans jamais trouver totalement ma place dans un endroit précis. Malgré mes errances, j’aime la vie par dessus tout, l’existence dans son aspect le plus tragique : apprendre à en profiter, tout en gardant à l’esprit, que la naissance fait de nous des êtres condamnés à mourir. J’aime les états mélancoliques, pleurer en appréciant un film ou une chanson, en écoutant Gainsbourg ou Starmania, pas parce que c’est triste, mais juste parce c’est beau. J’aime aimer, ma fille et mon amoureux, passionnément et sans limite. J’aime nager, m’enfoncer dans l’eau et quitter les bruits de la vie, en apesanteur me souvenir que c’est de là que je viens.

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Hadia : Malgré l’aspect très intime de mon premier roman, je ne suis pas de ceux qui considèrent l’écriture comme une discipline proche de la délivrance. Si elle est toutefois cathartique,  l’écriture est surtout un extraordinaire moyen de libérer son inconscient, permettre à ses pensées profondes de s’exprimer dans une langue que l’on affectionne. J’aime jouer avec les mots, leur sonorité m’émeut autant que leur sens. L’autre aspect de l’écriture que je trouve fascinant, est cette possibilité qu’elle offre de s’exprimer avec une liberté illimitée. Les idées qui germent dans l’esprit peuvent parfois nous paraître invraisemblables, peu plausibles dans une réalité figée, mais sur le papier, tout devient possible si l’on parvient à suffisamment bien assembler les mots. L’écriture est donc, pour moi, un merveilleux moyen de redécouvrir la langue pour écouter les mots s’assembler en toute beauté, et un incomparable outil de liberté.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Hadia : J’ai toujours écrit, sans jamais avoir le sentiment de le faire. De petites poésies comme des portraits à des amis pour leurs anniversaires, des lettres, des pensées furtives, ou même des chansons. Au collège j’ai forcé ma fibre scientifique, pour faire partie de ceux que l’on nomme, sans aucune justification, les bons élèves. Pendant trois années j’ai eu une professeure de français incroyable qui m’encourageait à écrire. J’ai eu un plaisir immense à retrouver sa trace, vingt ans après, pour lui envoyer un exemplaire de Grande section. La première fois que j’ai écrit un texte que j’ai envisagé de publier, c’était en 2008, un texte déjà très intime et très féminin qui, comme un journal intime, retraçait les jours qui ont suivi une fausse couche tardive qui fut particulièrement difficile à accepter.

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Hadia : J’aime écrire sans contrainte, si bien que je ne m’impose aucune plage d’écriture. En revanche, quand l’écriture s’impose à moi et que je n’ai plus le choix, que les mots bouillonnent dans ma tête et m’empêchent de m’adonner à toute autre activité, j’ouvre mon ordinateur, plus rien n’existe, et alors j’écris, j’écris jusqu’à l’épuisement. Cela peut durer quelques minutes, ou plusieurs heures ; entre deux patients, un dimanche après-midi ou un mercredi matin, il n’y a pas de règles car je ne maîtrise pas la survenue des mots. La seule récurrence que je m’autorise, c’est le vendredi après-midi pendant le cours de théâtre de ma fille. Je vais alors, l’espace d’une heure, me réfugier dans un café, et libérer tout ce que j’ai retenu jusqu’alors.

AFDL : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Hadia : Essentiellement les comportements humains que je peux observer au quotidien : les discussions de mes voisins de table au restaurant, les gros mensonges que les enfants imaginent très élaborés, les interactions entre les personnes. J’aime regarder les gens. Ce matin il neigeait, et j’ai croisé un homme qui devait avoir mon âge, pas loin de quarante ans, lever la tête au ciel, ouvrir la bouche et tirer la langue pour y recevoir des flocons glacés. J’ai trouvé cela totalement inspirant.

AFDL : Comment est né « Grande Section » ?

Hadia : A la date anniversaire des trente ans de la mort de mon père, des questions relatives à la fin de sa vie, restées toutes ces années en suspend, on surgi sans que je ne parvienne à les oublier. Il me fallait y répondre, sans possibilité de me défiler. Une nuit, alors que je rencontrai des difficultés à m’endormir (fait rarissime me concernant), je me suis levée, j’ai allumé mon ordinateur, et j’ai écrit les dix premières pages de ce qui deviendrait Grande section.

AFDL : Avez-vous un petit rituel d’écriture ?

Hadia : Oui, un rituel de très mauvaise élève, je ne fais aucun plan, et je ne me relis jamais. Je découvre ce que j’écris au moment où les phrases se forment sur l’écran. Parfois je pleure, parfois je ris, tout dépend de ce que mon inconscient à envie de me confier à ce moment-là. Quand je ne sais plus où aller, je livre des pages à mon éditrice, et je ne me repenche dessus qu’après avoir recueilli ses observations et ses suggestions. Nos échanges me permettent de me remettre en route, dévoilant des chemins que je n’avais pas imaginés.

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Hadia : Oui ! J’ai écrit deux textes depuis Grande section. L’un d’entre eux sera mon second roman, sa publication est prévue pour la rentrée de Janvier 2019. Le personnage principal du roman, Maya, une jeune femme française, se réveille un matin en ayant la surprise de savoir parler l’arabe.

AFDL : Quels sont les livres de votre PAL ?

Hadia : Dans ma PAL il y a deux livres dont les sorties ne sont pas récentes mais que j’ai très envie de lire maintenant, parce que je sens que j’ai besoin de leurs atmosphères, Les corps inutiles de Delphine Bertholon, et Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano. Il y a également un livre de ce début d’année 2018, Les Orphée, de Eric Metzger. J’aime l’idée de la multiplicité qu’il m’évoque.

AFDL : Quels sont vos trois derniers livres « Coup de Cœur » ?

Hadia : Mes trois derniers coups de cœur sont : d’abord King Kong Théorie de Virginie Despentes. J’ai mis des années à lire Despentes, comme si je n’étais pas prête, comme si j’avais peur de ne pas être capable d’accéder à ses mots. Ce livre fut une révélation, j’ai été littéralement scotchée par la pudeur des sentiments faisant face à des événements violents et difficiles. Ensuite, Nos années rouges de Anne-Sophie Stefanini. Dès les premières pages du livre je me suis retrouvée à Alger, découvrant un épisode son histoire que j’ignorais totalement. Je l’ai lu d’une traite, subjuguée par la beauté des mots, et fascinée qu’une française puisse avoir tant d’empathie pour le monde arabe. Je l’ai lu d’une traite et  puis, Alger ne m’a plus quittée. Et enfin, Souvenirs dormants de Patrick Modiano ; que dire de ce livre … une merveille absolue, une ambiance délicieuse, une atmosphère unique, le flottement de l’âme dans l’émotion.

AFDL : Un dernier mot ?

Hadia : Dans une vie fantasmatique j’aimerais pouvoir m’enfermer plusieurs jours d’affilée, combien, je ne sais pas exactement, vivre au rythme saccadé de mes phalanges sur mon clavier, les yeux écarquillés découvrir avec hâte ce que mon cœur et mon cerveau me mijotent. Mais il y a une réalité, une vie faite de plaisirs et de contraintes, je sais que ne pourrai jamais écrire sans discontinuer, mais au moins, j’aurai la joie d’observer ceux et celles qui nourrirons mes envies d’écriture.

 

 

 

 

 

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