Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’Auteure Sylvie Yvert

Rencontre avec l’Auteure Sylvie Yvert

Sylvie Yvert

 

Sylvie Yvert a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur avant de se consacrer à la photographie.

En 2008, elle publie « Ceci n’est pas de la littérature », recueil de critiques littéraires, aux éditions du Rocher et, en 2016, « Mousseline, la sérieuse » (Chronique → ICI) aux Editions H.d’Ormesson (Editions Pocket – 2107)

Sylvie a accepté de répondre aux questions d’Au Fil des Livres.

AFDL : Bonjour Sylvie, je vous remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Qui êtes-vous Sylvie Yvert?

Sylvie : Une femme honnête, adaptable, spontanée, enthousiaste, très sociable. Qui déteste l’hypocrisie, le snobisme, aussi bien de classe que culturel, la solitude, l’injustice. Bref, une brave fille, mais aussi une rebelle sous des dehors sages. J’adore, dans le désordre, qu’on me pose des questions, les pamphlets, la beauté, même dans la laideur, les mots, la musique (excepté le jazz auquel je ne comprends rien ainsi que la musique ouest-américaine), lire à voix haute (ah, la musique et le rythme des mots !), la photo, et le Maroc, et les Marocains (je peux même être fatigante à ce sujet). Enfin j’aime mon mari depuis 35 ans (nous nous sommes connus adolescents) et nos trois enfants, des adultes que je juge très réussis. 

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Sylvie : Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui me motivait. J’ai finalement réalisé qu’il y avait un point commun entre mes livres : à chaque fois je cherche à rendre hommage à des personnes injustement oubliées dont la mémoire vaut la peine d’être honorée, restaurée, voire réhabilitée. Dès lors, je me sens investie d’une mission qui vaut toutes les motivations. Car je ne peux écrire qu’avec difficulté sur commande.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Sylvie : J’ai écrit un poème dédié à la musique vers l’âge de neuf ans, puis des nouvelles à 12, d’autres poèmes adolescente, très spontanés, à la limite de l’écriture automatique. Puis des listes de titres de romans, des tas de débuts de romans, sans jamais aller plus loin et en pensant que je n’en écrirais jamais un seul en entier.

Et puis un beau jour, à dire vrai c’était un soir, le sujet de « Mousseline », la fille oubliée de Louis XVI et Marie-Antoinette, m’est tombé dessus comme la foudre. Dans l’instant, j’ai été si passionnée que cette fois j’ai pensé que je pouvais vraiment tenter de faire l’effort, de prendre le risque d’aller jusqu’au bout. Je n’étais pas certaine d’en être capable au commencement mais j’ai pensé : « Qui ne tente rien n’a rien. » Et aussi : « Aide-toi, le ciel t’aidera. »

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Sylvie : A tout moment, à condition d’avoir au moins deux heures devant moi. Il m’est arrivé de travailler de 8h du matin jusqu’à 2 h du matin, en pyjama et en grignotant n’importe quoi tellement j’étais dans le livre, mais c’est rare. Je ne fais pas partie de ceux qui écrivent la nuit, le matin seulement ou au café.

AFDL : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Sylvie : Pour « Mousseline », telle une comédienne j’ai dû me préparer pour le rôle puisque je l’ai rédigé à la première personne. J’avais une telle empathie pour elle que cela n’a pas été difficile. La musique que j’écoute en boucle en écrivant a fait le reste. La base de mon roman étant très sérieuse historiquement, j’ai dû travailler en historienne. J’ai donc consulté des dizaines et des dizaines de mémorialistes contemporains, ainsi que des histoires des périodes traversées puisqu’elle est morte en 1851 à presque 73 ans ! Mes histoires sont des histoires vraies. Et, comme je le dis souvent, pourquoi irais-je fictionner quand la réalité dépasse la fiction ?

AFDL : Comment est né « Mousseline La Sérieuse » ?

Sylvie : En deux temps. Il y a 20 ans, mon mari collectionnait les mémoires des XVIIIe et XIXe siècles. Parmi eux, les mémoires posthumes de la duchesse d’Angoulême, très repris et récrits par son oncle Louis XVIII. J’ai aussitôt eu la curiosité de les feuilleter pour voir ce que la fille du couple royal guillotiné, et seule survivante de la famille, pouvait bien nous raconter. Et j’ai été frappée par sa résilience, marquée par son absence de désir vengeur, horrifiée par son effroyable destinée. Mais pas un instant je n’ai pensé à un livre. L’idée a jailli en regardant un programme télévisé sur la fuite à Varennes en 2013. Je me suis soudain souvenue que la princesse était présente dans la berline et qu’elle seule allait sortir vivante du Temple ! J’ai alors jugé que le sujet était suffisamment spectaculaire pour que j’ose me lancer.

AFDL : Avez-vous un petit rituel d’écriture ?

Sylvie : A part la musique, très importante pour ma concentration, je confesse avoir encore besoin d’une vraie cigarette (je me suis mise à la vapoteuse) pour me mettre au travail. Lorsque je tape sur mon clavier d’ordinateur, j’ai l’impression de jouer un concerto pour piano. Si on me parle, je n’entends plus rien.

AFDL :Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Sylvie : Ah oui ! Je veux cette fois, au travers d’une fable politique (et la politique, croyez-moi, n’en sortira pas grandie), rendre hommage à deux hommes intègres et à leurs femmes admirables dont les destins sont très peu connus bien qu’éminemment romanesques.

AFDL : Quels sont les livres de votre PAL ?

Sylvie : Aïe, vous touchez un sujet extrêmement sensible. Je vis environnée de PAL, qui parfois s’effondrent ! Comme beaucoup, j’achète plus de livre que je n’en lis et il me vient souvent cette affreuse pensée que je pose là, un peu sadique : un jour nous mourrons sans avoir éclusé nos PAL ! Cela me taraude et me fait sourire en même temps. A ma décharge, depuis plusieurs années je lis presque sans arrêt « utile » pour mon prochain roman. Cependant, dans la PAL la plus proche de mon bureau, il y a : «Outre-Terre» de Jean-Paul Kauffmann, dont j’ai lu tous les ouvrages. «Les Mots étaient des loups» de Vénus Khoury-Ghata, aussi bonne poétesse que romancière, ce qui est rare. «Le Coup d’Etat. Robespierre, Danton et Marat contre la démocratie» de Pedro J. Ramirez, un gros in-quarto qui attend son tour depuis un bon moment.

AFDL : Quels sont vos trois derniers livres « coup de cœur » ?

Sylvie : Le tout dernier : « 14 Juillet » d’Eric Vuillard, publié avant son Goncourt. Bien que ce soit exactement le négatif de « Mousseline » (point de vue antimonarchique, la Révolution vue par le peuple et non la fille du roi), et parce que je ne suis pas sectaire pour un sou, j’ai adoré l’idée et surtout la réalisation. Son style m’a enchantée. Vuillard est un véritable écrivain. Il y a eu aussi « la Septième fonction du langage » de Laurent Binet, qui m’a fait rire. Je ne l’avais jamais lu mais j’ai admiré son gros livre que j’ai lu sans discontinuer jusqu’à en avoir presque le mal de mer ! Enfin, j’ai découvert un peu plus tôt encore Gaëlle Nohant avec « La Part des flammes », dont la construction est parfaite et le style très inspiré. La voici installée pour longtemps dans le paysage littéraire.

[La Part des Flammes de Gaëlle Nohant – Chronique → ICI]

AFDL : Un dernier mot ?

Sylvie : Pour vous remercier : grâce à vous de nouveaux lecteurs vont découvrir l’existence de « ma duchesse », comme je l’appelle affectueusement, si oubliée qu’on me demande souvent si j’ai inventé son destin ! J’ai voulu raconter l’Histoire comme on raconte une histoire, afin que ceux qui ne lisent que des romans y aient également accès. J’en profite pour insister sur un point qui me tient à cœur : tout ce que je lui fais raconter est vrai, jusque dans les moindres détails. J’insiste parce que c’est parfois si surprenant, si différent de ce que l’on nous a appris à l’école, qu’on peut avoir peine à le croire. Un exemple ? Louis XVI mesurait entre 1,92 et 1, 96 m !

 

 

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