Auteurs·Rencontres

Rencontre avec l’illustrateur Pierre Soymier

Rencontre avec l’illustrateur Pierre Soymier

Pierre Soymier1

Il y a des rencontres plus importantes que toutes les autres, des rencontres qui représentent plus qu’une simple interview, des rencontres qui parlent au cœur, qui résonnent et qui reflètent toute une histoire. Pierre Soymier est mon grand-père. Il était un talentueux dessinateur, un artiste, un original, connu et réputé avant la guerre, un homme qui a côtoyé les intellectuels de la brasserie « Les deux magots ». 

Je viens d’être contactée par les iconographes du musée du Quay Branly (Musée du Quai Branly – Jacques Chirac – 37 Quai Branly 75007 PARIS)  pour une exposition dans laquelle quelques planches originales de cet artiste vont être exposées.

Exposition « Le Magasin des Petits Explorateurs » du 23 mai  au 7 octobre 2018.

Il me semblait alors important de parler de celui qui fût une belle personne.

Voici notre rencontre :

 

pierresoymier3

Pierre Soymier était un talentueux dessinateur, connu et reconnu pour son trait précis et détaillé,  et son humour. Il est malheureusement tombé dans l’oubli après la seconde guerre mondiale.

Pierre5

Actuellement, lorsque l’on cherche sur les moteurs de recherche internet, son nom apparaît encore, assimilé aux illustrations des méthodes ASSIMIL* qui permettaient d’apprendre aisément les langues étrangères.

En effet, pendant une quarantaine d’années, Pierre y a dessiné des petites scènes humoristiques destinées à faciliter l’apprentissage de la grammaire et des expressions des différents pays.

 

 

Il est aussi connu pour ses illustrations de livres, d’almanachs, d’éphémérides, de nombreux  journaux et  de publicités de grands laboratoires pharmaceutiques.

FullSizeRender (14)

Pierre Soymier est à Périgueux né en 1904. Brillant, il obtient deux baccalauréats et montre une véritable aptitude au dessin. Il suivra alors, à Bordeaux, les cours des Beaux Arts, puis se rendra à Paris où il se perfectionnera jusqu’à acquérir une véritable notoriété à la fin des années 20.

Son carnet d’esquisses :

Pierre3

En 1929, Alphonse Chérel qui vient de créer la “Méthode Assimil” pour apprendre les langues étrangères, le choisit pour illustrer les textes. Pierre deviendra célèbre avec une phrase et un dessin qui traverseront les décennies:  “My taylor is rich”, première phrase de la première leçon  “L’anglais sans peine”, (référence que l’on retrouvera même dans Astérix chez les Bretons.)

Pierre4

Le succès est immédiat et le propulse au rang de vedette, il devient un dessinateur très demandé et rapidement un pilier de l’éditeur publiant “Pierrot”, “Lisette”, “Rustica”, “Echo de la mode”. Il collabore à de nombreux journaux satiriques, très en vogue entre les deux guerres, comme “Guignol”, “Rire”, Gringoire”, “Candide”, “Ric et Rac” mais aussi des revues traitant de camping, d’automobiles, de sports, de canoë-kayak…
Il illustre aussi des livres, des jaquettes de couverture notamment celle de Vol de nuit de St-Exupéry en 1931. Ses bandes dessinées qu’il met lui-même en couleurs sont fouillées et précises avec un grand soucis du détail.
Il devient ainsi l’égal des grands du moment à l’image de Dubout, Robert Carrizey ou Le Rallic et donne une interview à la TSF (Radio Paris) en 1937.

En 1939, la guerre stoppe brutalement cette notoriété. Sergent-infirmier de réserve, Pierre  est mobilisé le 2 septembre 1939 et envoyé au Liban dans l’Armée d’Orient. A Beyrouth, il participe à la création et à l’illustration du journal des Forces Armées “Soldats d’Orient”.

pierre6

Démobilisé en septembre 1940, Pierre revient en France où il est sommé par les nazis de refaire les illustrations de la méthode Assimil. En effet, ces derniers trouvent que les illustrations les ridiculisent; ils font saisir les livres et condamner l’éditeur.
Alphonse Chérel engage alors Pierre à plein temps et lui confie un poste à responsabilités. Hormis ses dessins pour la méthode Assimil et quelques tracts pour la Résistance, Pierre dessine peu durant la guerre.

Anecdote: en 1948, les éditions Ligel diffusent “Alright” une méthode d’apprentissage de l’anglais par Georges Lavigne, Pierre Soymier est sollicité pour en être l’illustrateur à l’image de la méthode Assimil. Pour ne pas entrer en conflit avec Alphonse Cherel, Pierre Soymier signe ses dessins du pseudonyme “Peter Pan”!

En 1945, Pierre, pour des raisons personnelles, donne sa démission à Chérel. Il reste néanmoins  l’illustrateur des méthodes Assimil* jusqu’en 1975.
Commence alors une période moins faste au cours de laquelle il propose ses œuvres aux journaux “libérés” mais le succès n’est plus au rendez-vous. Il parvient tout de même à collaborer à de nombreuses revues comme “La Presse”, “Ici-Paris”, “France Dimanche”, “Paris-Presse”, “Le Hérisson”, “Rire”, “Blagues”, “Franc-Rire”, “Marius”… Parallèlement il devient  un collaborateur régulier de la revue médicale Ridendo et illustre quelques livres ( Jules Renard, Jean-Louis Bory…). Il réalise aussi les illustrations des publicités des laboratoires pharmaceutiques Robilliart rachetés par  Sanofi dans les années 70.

Pierre1

Pierre Soymier

Si l’opulence des années 30 disparaît, il ne manque toutefois jamais de travail et garde l’estime de ses confrères.

Il range ses crayons au début des années 70 et s’éteint en septembre 1977. Il laisse deux fils, Jacques et Pierre, une fille, Sandrine, et deux petits-enfants David et moi.
Pierre (1939-2017), mon père, développera les mêmes dons artistiques que mon grand-père, son trait sera aussi fin et précis. Quant à Sandrine, elle excellera dans la peinture.

Signature: Pierre Soymier signait ses dessins de telle façon qu’on lit “Pierres Oymier”, signature qu’il est même assez difficile de “décrypter” lorsque l’on ne connait pas celle-ci. Ainsi de nombreux vendeurs sur les sites de ventes type Ebay, PriceMinister mettent en vente ses dessins en se trompant de nom/prénom ou en mettant simplement “dessinateur inconnu”.

 

pierresoymiersignature

Sources :
Pierre SOYMIER fils
http://www.bdmedicales.com/

A Pierre et Sandrine.
Je vous aime.

 

12 réflexions au sujet de « Rencontre avec l’illustrateur Pierre Soymier »

      1. Un problème de transmission, sans doute. J’ai heureusement gardé une copie, que voici:
        ——————————————————————————————————————-
        Bonjour,

        J’ai découvert les remarquables dessins de votre grand-père ans les années 5O, dans « Fillette », hebdomadaire auquel mes sœurs étaient abonnées. ll s’agit d une bande dessinée, aujourd’hui bien oubliée, racontant en grande partie les mésaventures de Souriceau ; membre d’une famille de souris : les « Trotte-menu » . Cette bande dessinée compte 31 planches ; elle a paru d’abord dans « Lisette, journal des petites filles ». Le premier épisode de cette l’histoire pleine de bons sentiments et qui connaît de nombreux rebondissements commence dans le numéro 1 de la 18e année (860e livraison), paru le 2 janvier 1938 et l’épilogue se trouve dans le numéro 31 du 31 juillet de la même année . Chassées de chez un épicier chez qui elles ont élu domicile et dont elles mangent les provisions, les souris déménagent pour s’installer dans une famille où vivent deux fillettes avec lesquelles elles font bon ménage…Je ne raconte pas la suite de cette histoire et ne dirai pas non plus comment elle se termine puisqu’on peut aujourd’hui le savoir en se connectant sur Gallica où la BD est reproduite intégralement.
        https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2087304f/f5.item
        Je me suis d’ailleurs posé la question de savoir si les ayants-droit touchaient des droits d’auteurs pour cette reproduction d »une œuvre qui n’est pas tombée dans le domaine public. Je l’espère pour eux.  On découvre à cette occasion que Pierre Soymier, dont le nom est surtout associé aux volumes de la collection Assimil, qu’il a illustrés – comme vous l’avez rappelé – a eu d’autres travaux à son actif, notamment cette  bande dessinée et d’autres, plus courtes que l’on peut lire aussi dans l’hebdomadaire. Comme un fait exprès, l’éditeur ne les présente pas. Il faut deviner la signature de Pierre Soymier, illisible comme d’habitude, au bas des planches. Une belle découverte…
        Quant au titre de «  Trotte-menu » , expression qui ne pouvait pas être déposée, il a fait florès dans le monde de la littérature enfantine depuis La Fontaine car on ne compte plus aujourd’hui les livres portant ce titre et qui racontent des aventures de petites souris.
        Claude Razanajao
        Les Feuilles mortes se ramassent à l’Apple
        http://radama.free.fr/index.html

        Aimé par 2 personnes

      2. Bonjour,
        Merci pour toutes ces précieuses informations. Je vais regarder cette BD dont vous parlez.
        Bien à vous.
        Bénédicte.

        J'aime

  1. Merci. J’ai retrouvé les disques vinyls et la méthode Assimil en Italien des années 50 et les illustrations de votre grand-père me plaisent énormément, tant par le style graphique que par l’humour qu’il est parvenu a rendre au travers d’une seule vignette. Il illustrait de façon originale voire décalée une phrase de la leçon du jour, phrase qu’on ne risque pas d’oublier ensuite.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s