Parfois, j'écris

Pas cette Fois

Pas cette Fois

Depuis cinq ans, nous partageons nos existences. Je l’aime, elle m’aime. Enfin je crois, parce qu’actuellement, notre relation subit quelques perturbations. Elle est jalouse.

Moi, c’est Lola, j’ai 25 ans. Je débute ma vie active, à l’essai dans une petite boîte de communication dijonnaise. Elle, c’est Didi. C’est le petit nom d’amour que je lui ai donné – je sais, c’est plutôt cul-cul, mais j’avoue qu’elle le porte assez bien. Je l’ai rencontrée chez une amie de ma mère où je l’ai immédiatement remarquée au milieu des autres. Timide, en retrait, belle, elle dégageait un je-ne-sais-quoi qui m’a conquise. J’ai craqué.

Nous avons très vite emménagé dans mon petit studio d’étudiante. Il a fallu s’adapter, la place manquait, mais elle a pris ses marques, a poussé mes meubles, a assiégé mes placards, a envahi ma chambre, mon lit, mon espace. Elle est déterminée, je l’ai laissé faire.

Avec les premiers salaires de mon job dans un fast-food, j’ai choisi un appartement plus spacieux. Elle ne travaille pas, je l’entretiens, mais ça ne me gêne pas. On a réadapté nos vies, partagé nos univers. Cinq ans, ça passe vite. Aujourd’hui, j’occupe avec elle un nouvel appartement, un vrai trois pièces.

Tout se passait bien, jusqu’à il y a quinze jours, j’ai rencontré Maxime.  

Maxime, c’est le beau mec de la boîte où je travaille. Grand, blond, petite barbe de trois jours, il mettrait à l’envers la tête de la plus récalcitrante des nanas. Club des réfractaires dont je fais partie. Evidemment ! Pourtant, avec son sourire à la Ken et ses muscles de rugbyman, comment vouliez-vous que je résiste ? J’ai piétiné mes certitudes, avalé mes apriori, gobé mes convictions. J’ai accepté un rendez-vous ! Je me suis donc rendue dans un bistrot du coin partager une bière. C’était sympa, vraiment sympa. Allez, soyons honnête, c’était même super génialissime ! J’ai découvert un garçon charmant et je crois que Cupidon, probablement paumé, nous a pris pour cible. La soirée s’est prolongée. Je vous passe les détails. Toujours est-il que je suis rentrée très tard à mon appartement. Didi m’attendait de pied ferme, furieuse. Penaude, je l’ai suivie dans la cuisine. Je pensais la câliner un peu, l’apaiser, lui parler de ma voix caressante … là je crois que je vous raconte n’importe quoi ! Je n’ai pas la voix caressante. Au contraire, j’ai un timbre aigu pas franchement agréable. Passons. Je pensais donc trouver une astuce pour l’amadouer. Mais, Oh misère, lorsque j’ai franchi le seuil de ma cuisine, j’ai halluciné. Ce n’était plus une cuisine, mais un champ de ruines. J’exagère un peu, mais c’est l’impression que j’ai eu. Le sol était jonché de céréales, de pâtes et de riz – les paquets éventrés fièrement répartis aux quatre coins de la pièce. Ma fameuse voix, déjà bien aigüe comme je vous l’expliquais, est montée dans des gammes que je ne soupçonnais même pas. J’ai hurlé. C’était notre première vraie dispute. Je n’en suis pas fière, mais parfois, la langue se refuse à tourner cinq fois – pardon sept – dans la bouche. Blessée, elle a tourné les talons puis est partie se coucher, à l’extrême extrémité de notre lit. Parce que, oui, Didi boude.

Nous n’avons pas reparlé de l’incident. La vie a repris son cours le lendemain matin. Je restais contrariée, elle aussi, je pense.

 Accaparée par mon travail, je ne suis pas ressortie avec Maxime ces derniers jours. Nous avons cependant échangé de nombreux sms, mails et appels. Quelques œillades au boulot, quelques frôlements dans les couloirs. La tension montait. Vous savez cette petite sensation qui fait frissonner. Je la découvrais. J’avoue que je n’aurais jamais cru autant l’apprécier. Je me sentais vivante, belle, désirée. Une première. J’ai donc décidé d’inviter Maxime à la maison. Un petit repas sans prétention. J’hésitais entre des spaghettis carbonara et une omelette à ma façon – mélange de ce qui trône dans mon frigo et quelques œufs battus ; pas toujours une réussite. Je voulais l’épater, mais la cuisine, au grand dam de mes mères et grands-mères restait pour moi une énigme que je ne parvenais à résoudre. Je suis la reine du trop cuit, du trop mou, du trop fade, de l’immangeable. Il fallait donc que je ne vise pas plus haut que mes faibles capacités. Finalement j’ai opté pour une livraison de sushis. Je sais ce n’est pas très glamour, mais je préférais ça à l’idée de l’empoisonner.

Maxime s’est présenté à 2Oh. Un bouquet à la main. UN–BOUQUET-A –LA-MAIN ! Pincez-moi ! Ce mec s’est pointé avec un bouquet. Mon cœur a fait une cabriole. Un salto. Un triple flip – si, si, ça existe – enfin c’est tout comme. Je vous assure, mon palpitant a littéralement tourné sur lui-même. Je suis amoureuse. Je me suis alors jetée à son cou et l’ai embrassé. Mais, Didi est entrée en scène. Drame. En deux balbutiements Maxime m’apprend qu’il allergique aux chats. Horrifié, il a regardé ma grosse Didi, toute ronde et velue flatter ses mollets dessinant au passage de jolies arabesques poilues sur son pantalon. Les éternuements n’ont pas tardé. Les larmoiements aussi. Mon Ken ressemblait davantage à un poulpe sur un étal de supermarché qu’à un sex symbol.

Je lui ai offert ma grosse boîte de kleenex. Désemparée, je l’ai invité à prendre place dans mon canapé. Oui, celui recouvert de poils de chats ! Le poulpe s’est transformé en calamar rôti.

Didi, arrogante, surplombait la scène depuis son arbre à chat. Je la soupçonnais de rire in petto, satisfaite de la tournure que prenaient les évènements. Cette soirée virait à la catastrophe et elle me narguait. Courroucée, je l’ai saisie par le gras du dos et je l’ai enfermée dans la chambre. Maxime reprenait son souffle. Il venait d’ingérer un comprimé antihistaminique. Il ressemblait encore à une chouette éblouie par un spot de 500 watts, mais se sentait nettement mieux. Je lui ai proposé de se rafraîchir un peu dans la salle de bain. Frénétiquement, pendant sa courte absence, j’ai frotté ma brosse autocollante sur le canapé. Des tonnes de poils se sont fichées sur le scotch. Didi et moi partagions ce sofa depuis 5 ans au gré des saisons qui influencent l’épaisseur de sa toison. Jamais nous n’avions été confrontées à de si surprenantes réactions.

Maxime m’a rejointe dans la cuisine. Le livreur de sushi venait de déposer ma commande et je répartissais méticuleusement l’ensemble dans les assiettes. Il m’a enlacée, embrassée, caressée. Nous avons oublié les sushis et, nos habits rejoignant le sol en pagaille, nous avons progressivement gagné la chambre. La soirée reprenait un cours normal. J’étais soulagée. Restait toutefois tapie au creux de mon estomac une petite boule d’appréhension. J’aurais dû y prêter attention.

Les grands bras musclés – je vous l’ai dit ? Maxime ressemble à un rugbyman … ah, oui, je vous l’ai dit. Je radote. Il faut dire qu’il est tellement beau. Donc, prisonnière de ses grands bras musclés, j’ai basculée sur le lit. Mon dos a aussitôt ressenti l’humidité inhabituelle de mes draps. Didi ! Elle avait osé se soulager sur le lit. La garce ! J’ai bondi. Maladroite, mon genou, pris d’un élan que je n’ai pu contrôler, a violement heurté les virils attributs de mon Ken – Ken qui poussa un hurlement dont tout l’immeuble avait dû profiter. La fautive, dissimulée sous le lit, s’échappa précipitamment de sa tanière. J’hésitais entre la poursuivre et consoler l’égo de l’homme blessé. Le choix s’est imposé quand la plainte de Maxime m’a vrillée les oreilles. Prestement je l’ai conduit au salon où je l’ai fait s’asseoir. Il s’est avachi dans le canapé et a appliqué la glace que je lui tendais sur ses délicates parties. Je ne savais plus si je devais rire ou pleurer. Le voir ainsi, nu, les coucougnettes à l’air, une poche de glace entre les jambes, je vous assure que le mythe s’avérait méchamment écorné. J’ai dû plusieurs fois respirer profondément pour ne pas me laisser emporter par la pression de mes zygomatiques. Je l’ai donc abandonné quelques minutes. J’ai refait le lit. Ma rage envers Didi ne faiblissait pas.

La douleur semblait enfin abandonner mon homme. Je lui ai apporté ses vêtements. J’avais déjà remis les miens. Je lui ai proposé de regarder un film. Il ne voulait ps manger pour l’instant. Il avait des nausées. Il s’est habillé., s’est rassis. Nous avons opté pour « Les petits mouchoirs » de Guillaume Canet. Je le connaissais par cœur. Lui aussi. Mais j’espérais que les acteurs détendraient l’atmosphère. Je me suis progressivement approché de lui. Comment me faire pardonner d’un tel fiasco ? Pourtant, je ne suis pas une fille à poisse. D’accord, je ne suis pas très chanceuse en amour, mais jamais je n’avais traversé un tel cataclysme. Franchement, ça ne se passe pas qu’à la télé ces trucs là ? Le coup de l’allergie et du pipi sur le lit, il faut le vivre pour y croire.

 J’ai posé ma main sur sa cuisse, collé ma hanche à son flanc. Il a soupiré. Je me suis questionnée : c’était un soupir « elle m’enquiquine » ou était-ce un soupir « c’est bon, je lui pardonne » ? J’ai hésité. Devais-je me montrer entreprenante ? Devais-je rester bien sage à ma place ? Un bruit incongru a mis fin à mes interrogations. Vous savez un bruit de «chgloup », « chgloup » pas très catholique. Un affreux bruit de boyaux qui se vident. Didi ! Didi était en train de vomir ! Je me suis levée d’un bon. La boule au ventre. Dans le couloir, ma grosse Didi régurgitait des restes. Des sushis. Bien visqueux, tous juste mastiqués, saumon, thon, concombre et avocat, dans de jolis récipients : les chaussures de Maxime ! Avez-vous déjà ressenti le sentiment d’être subitement seul au monde ? Désespéré. Oscillant entre l’envie de mourir et le besoin de tuer. Elle m’a regardée. L’air perfide. Victorieuse. Je l’ai haïe. Cinq ans de vie commune, de partage et d’amour, balayés d’un coup de pattes. J’ai voulu rester calme. Je l’ai saisie par le dos. Elle s’est rebellée, a entaillée ma main de violents coups de griffes et a crié au scandale – je vous assure, ses miaulements ressemblaient à des cris d’outragé. Alerté, Maxime m’a rejointe. J’ai cherché à dissimuler ses chaussures sous le petit buffet de l’entrée. Peine perdue. Le chat hurlant à bout de bras, je n’ai fait que coller mes chaussettes dans les sushis digérés. Digne – que me restait-il que ce pseudo sentiment de fierté – j’ai porté Didi dans la salle de bain où je l’ai enfermée.

Bouche bée, Maxime contemplait ses chaussures. Du vomi dans du cuir italien, ça pète quand même ! Didi n’avait pas lésiné. J’ai tenté de le rassurer. « Le vomi, ça se détache bien ». « Non, non, il n’y aurait pas de trace ». « J’allais m’occuper de tout ». Il m’a demandé un sac, y a mis ses chaussures, l’a soigneusement refermé, a franchi le seuil de mon appartement, en chaussettes. Mon Ken, mon amoureux foutait le camp. J’allais la tuer !

J’ai préféré ranger ma cuisine. Jeter les pauvres restes de sushis. Nettoyer ses bêtises. Ma colère était retombée. J’étais submergée de chagrin. Les premières larmes ont coulé. D’autres ont suivi. Un vrai chagrin qui retourne les tripes. Cinq aventures en cinq ans. Cinq échecs. J’y avais cru cette fois-ci.

Je ne l’ai libérée que le lendemain. Nous étions dimanche. Le jour d’anniversaire de nos Cinq ans. Le cœur n’y était pas. J’avais pourtant, en prévision de ce jour anniversaire, acheté de quoi lui faire une « spéciale-gamelle-du-jour-de-la-mort-qui-tue ». Vous savez ces petites bouchées hors de prix vantées à la télé : « Vous aimez votre chat, patati patata, donnez lui du machin-chose, il vous rendra votre amour au centuple et repatati, repatata ». Ah, elle me l’avait rendu au centuple mon amour. Pas de besoin de super pâté aux rognons de poulet. Elle s’est frottée à mes jambes, l’air de rien. Câline. Deux-trois « miaou » en sourdine. J’ai voulu l’ignorer. Elle a insisté. J’ai craqué. Oui, je sais, je suis une vraie quiche sentimentale ! Je l’ai prise contre moi et je l’ai cajolée. Que voulez-vous, on n’efface pas cinq années d’amour comme ça !

Elle a mangé ses croquettes – j’ai quand même renoncé à lui offrir ses boulettes ruine-budget – pendant que je lui expliquais les conséquences de ses actes. Je parle à mon chat, pas vous ? Je vous accorde qu’elle ne semblait pas très attentive. Néanmoins je tenais à ce qu’elle sache que je n’avais pas l’intention de finir vieille fille. Maxime me plaisait vraiment. Un : il fallait que je recolle les morceaux. Deux : si j’y parvenais, il allait falloir qu’elle s’y fasse !

J’ai attendu que l’heure soit décente – 10h un dimanche me paressait convenable. Du moins je l’espérais. J’ai appelé Maxime. Lui proposer d’aller courir, de partager un café, de discuter, de se fixer un rendez-vous l’après-midi, de … je ne sais quoi, mais de faire n’importe quoi qui puisse effacer le fiasco de la veille. Je l’ai réveillé – quelle cruche, 10h, c’était pas le bon plan ! « Les antihistaminiques ont tendance à shooter » m’a-t-il expliqué. J’ai bafouillé, me suis excusée. Une boule s’est formée dans ma gorge : Ne pas pleurer. Surtout NE PAS PLEURER. J’ai reniflé. « Tu pleures ? » m’a-t-il demandé. « Non, non, je suis allergique aux chats ! ». Parfois, je peux être fine. Il a éclaté de rire. Mon Ken est beau, gentil et a de l’humour. Sérieusement, je ne pouvais pas le laisser s’échapper. Il a accepté un footing. J’avais lancé cette idée prise d’une soudaine inspiration – une inspiration débile venant des profondeurs nulle part. Je ne coure pas ! A part après le bus. Ou lorsqu’une guêpe me poursuit. J’allais devoir assumer. J’ai déjà du trouver des baskets, chercher un legging. Un défi !

Je l’ai retrouvé au parc. Il m’a enlacée. Vous n’imaginez pas à quel point j’étais soulagée. « Prête » m’a-t-il dit avant de s’élancer sur la piste. La vache ! Il courait vite. Ce n’était pas du footing mais du sprint. A ce rythme, je n’allais pas tarder à mourir. Essoufflée, je tentais vainement de le suivre. Je réalisais que l’on avait un nombre incalculable de muscles dans les cuisses et les mollets. Pas un ne m’épargnait le supplice. Maxime a ralenti. « Tu n’as pas l’habitude de courir ? » m’a-t-il demandée. « Ben en fait, pas vraiment. C’était juste une excuse pour être avec toi » ai-je articulé entre deux respirations laborieuses. Il s’est arrêté net, m’a dévisagée. Je ne sais pas si c’est l’effort ou l’émotion qui a court-circuité mon cerveau, mais je me suis sentie soudainement faible. J’ai vacillé – pourquoi n’avais-je mangé qu’une barre minceur au petit-déjeuner ? Il m’a soutenue. J’en ai profité pour peser sur son torse, exagérant mon malaise, agrippée à ses bras – vous savez, ceux qui me font fantasmer. Surpris, il m’a serrée davantage. Mon esprit moulinait à toute vitesse. Il fallait que je passe à l’action, que je reprenne le contrôle de cette aventure. J’ai tendu mes lèvres. Ruisselante de sueur, le visage rouge brique, je n’ai pas visualisé mon allure. Lui, si. Gentiment, mais fermement, il m’a écartée – la délicate odeur de mes aisselles a effleuré mes narines. Beurk ! Décidément, cette poisse s’attachait à moi comme une mouche au ruban adhésif. Digne, je l’ai invité à rejoindre nos voitures. « On peut aller boire un café si tu veux » a-t-il proposé. Mon cœur a repris ses loopings. Ouf. Tout n’était pas mort !

J’ai prié la Reine des neiges, la Vierge des Malchanceuses, le Maître des Amours pendant le trajet en voiture. Je les ai suppliés : « S’il vous plait, je ne jurerais plus, je ne traiterais plus mon voisin de saucisse avariée, je ne volerais plus le magasine Elle dans la boite aux lettres de ma voisine, je nourrirais Didi de boulettes hors de prix. Donnez-moi une seconde chance ! »

Nous avons garé nos voitures dans la rue. Maxime, m’a rejointe promptement pour m’aider à sortir – un Prince, je vous dis, cet homme là. « Tu dois être encore un peu faible après ton effort » a-t-il déclaré, en saisissant mon bras. Vous pensez bien que je n’allais pas le détromper. La Reine des Neiges m’avait entendue. J’ai me suis donc appuyée sur son bras. Trop fort, trop vite. Je l’ai déséquilibré. Il a reculé, a heurté le trottoir. J’ai perçu le sinistre craquement de sa cheville. Pour la Reine de Neige, je repasserai. Didi allait continuer à manger ses croquettes de supermarché et moi à lire Elle gratuitement. Bordel de Merde.

Je l’ai conduit aux Urgences. Il n’a pas desserré les dents. Autant vous dire que je n’en menais pas large. J’ai tenté quelques questions : « tu as beaucoup mal ? », « c’est beaucoup enflé ? », « T’es vraiment sûr que ça a craqué ? ». Je me suis voulue rassurante : « t’inquiète, un plâtre pour entorse, c’est pas plus de trois semaines », « Et puis, ils te feront peut-être une résine, c’est plus léger les résines », « une cheville, c’est quand même mieux qu’un poignet » … Je monologuais.

Il n’a pas voulu que je l’accompagne dans le service. « Je crois que tu en as assez fait, rentre chez toi » m’a-t-il dit, « Je t’enverrai un sms ». Mon cœur avait terminé ses saltos. Il pouvait remiser ses élans, s’escamoter dans la cage du thorax, se faire oublier. Je suis repartie. Lola The Big Poisse.

Didi m’attendait. Je lui ai donné ses boulettes. Cet anniversaire, il fallait bien qu’il profite à quelqu’un. Je ne voulais pas pleurer. A quoi ça servait ?

J’ai occupé mon esprit. Ménage. Repassage. Factures. Courrier. Lecture. Re-ménage – oui, oui, re-ménage, je n’étais pas vraiment efficace le cœur gonflé de tristesse. Didi s’est perchée sur son arbre à chat. Perplexe, elle observait mes allées-venues. J’entendais ses soupirs. Vous connaissez les soupirs des chats ? Ca varie entre « pffff, elle est à nouveau OUT» et « pauvre doudoune, elle s’est encore fait larguer ». Rien de bien valorisant à mon égard. Je la soupçonnais même de rire. La connaissant, de toute façon, elle ne devait pas compatir. Ma véto, lors de la première visite suite à l’adoption de Didi, m’avait mise en garde contre les chats « écaille de tortues » : « ils sont beaux, m’avait-elle dit, mais ont un caractère très indépendant et pas toujours facile ». Je confirme. Didi est très belle, mais c’est une égoïste narcissique caractérielle. Mes amies ne l’apprécient pas. Mes parents la détestent. Quant à mes amoureux, ils se souviennent de ses frasques. Il n’y a que moi pour l’aimer : ses cacas sur le tapis de la salle de bain, ses pipis dans mes pulls, ses jeux sous ma couette quand j’essaye de dormir, ses courses poursuites dans le salon quand je regarde un film, ses dépotages de plantes, ses vomis sur le lit … un poème, cette Didi. Je n’étais donc pas surprise de la voir me toiser, l’air hautain, sur son trône en velours.

J’ai espéré le sms. Rien. Désemparée, j’ai regardé le film du dimanche soir. Une énième diffusion de « L’homme invisible ». Ce devait être un signe. L’homme de ma vie m’abandonnait.

Endormie sur mon canapé – je ne sais plus à quel moment Morphée m’avait saisie, j’ai soudainement sursauté. Un sms ! Mon portable m’informait bruyamment de la réception d’un sms. Ouiiiii ! J’ai littéralement bondi hors du sofa, le cœur à nouveau opérationnel – j’ai un organe qui aime les sauts périlleux. Les mains tremblantes, j’ai saisi le téléphone. Respire Lola ! Inspire. Expire. Ca va aller. J’ai lu :

« Fracture de la malléole. J’ai réfléchi. Je ne me suis jamais senti aussi vivant qu’avec toi. Je suis prêt à essayer. La prochaine fois, laisse ton chat dans la salle de bain. A demain < 3 »

J’ai embrassé Didi. Il n’était pas si mal finalement cet anniversaire des cinq ans.

                                                                                                             Bénédicte SOYMIER

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