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Un texte d’auteur à lire !

Un soir, tu discutes et tu reçois des textes. Et d’autres soirs. Et d’autres textes. Et d’autres encore. Tu les lis, les apprécies. Ces textes sont forts et percutants.

Ce soir, l’un d’eux vibre et me ramène aux mots de Simone Veil  » Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement.  Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. »

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Alors je vous partage ce texte écrit par l’auteur Hans Limon
Prenez le temps de le lire …

LETTRE À MON AVORTON

Toi,

tu ne sais pas et tu ne sauras jamais lire alors je serai brève. Je suis la femme qui aurait dû être ta maman. Je vais textirper de mon ventre parce que je ne peux pas tavoir sur les bras. Je nai rien contre toi, tu sais, mais je n’ai rien pour toi non plus. Ces choses-là ne se font pas à la légère, crois-moi, elles pèsent déjà sur l’avenir, elles endettent, elles entêtent, elles obligent à réviser le passé simple, à conjuguer le verbe non-être à la première personne du singulier. Tu nes personne au singulier. Le fruit déconfit dun moment dégarement ou plutôt deffarement qui natteindra jamais sa maturité. Je te sens déjà mais je rejette ce que je sens de toi en moi. Il faut que tu partes avant quil ne soit trop tard, avant la douzième, comme ils disent. Je suis un peu comme le propriétaire qui redoute la trêve hivernale, et toi le squatteur qui joue la montre. Tu dois pleurer même si tes yeux ne sont pas totalement formés. Tu pleures dans ton placenta sans savoir pourquoi tu pleures mais tu sais bien tout au fond de moi que tu ne remonteras jamais à la surface pour agripper la mamelle des quatre vents. Est-ce que tu bouges ? Est-ce que tu gémis ? Est-ce que tu vas sonner la révolte et te faire une armure de boyaux, un casque de poumons, des fusils dintestins, des poignards de côtes broyées ? Je taime comme on aime le bien quon nous inflige en souhaitant nous faire du mal, comme le mioche aime sa chaussette de Noël toute vide, qui est vide mais qui est belle, puisque cest Noël, comme le marin aime le vent qui le pousse inexorablement vers le rocher mais qui lui rafraîchit les lombaires et lui parle de sa belle, abandonnée loin derrière, dans sa chaumière, en pleine campagne, je taime comme ces mauvais rêves qui nous font frémir au réveil et qui nous occupent lesprit toute la journée, pour finalement nous rendre la vie, la vraie, moins triste à pleurer. Je taime à moins pleurer mais je nai pas la force de voir sur toi ce quil a fait en moi, et délever pour en faire un homme, une femme, lenfant de celui qui ma humiliée au point de me rendre à la poussière et me laisser pour morte, en plein désert urbain. Dans ce désert tu es le caillou qui me rappelle au martyre, à la marche forcée. Ne men veux pas. Ne lui en veux pas non plus. Il souffrira bien assez tôt de cette maladie courante que nous autres, les vivants, les adultes, appelons « mauvaise conscience ». Je téboule en douceur comme on jette une toute petite bille. Et tu gagnes la partie, mon champion. Je timagine garçon… Je ne suis pas cruelle, non, mais je ne saurais taimer que mort, ou plutôt dans les limbes, au seuil de la naissance. Jaime le reflet de ce que tu aurais pu être en dautres circonstances. Jaime ton souvenir parallèle. Petite chose à peine ébauchée, laisse-moi terminer cette missive en te prenant dans mes bras. Tu quitteras bientôt mon corps pour ne plus jamais sortir de ma vie. Nous danserons tous les deux, jusquà ma propre mort, sur un autre temps, un temps rien quà nous : le futur conditionnel.

                                                                                                             Ta Presque-Maman

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