Auteurs·Rencontres

Rencontre Julia Kerninon

Rencontre Julia Kerninon

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Julia Kerninon est un écrivain français né à Nantes, docteur en littérature américaine. Son premier roman Buvard (Ed. du Rouergue, 2014) a reçu de nombreux prix dont le prix Françoise Sagan. Son second roman Le dernier amour d’Attila Kiss (Ed. du Rouergue, 2016) a reçu le prix de la Closerie des Lilas 2016. Toujours aux Editions du Rouergue, elle publie Une activité respectable en 2017 et Ma dévotion pour la rentrée littéraire 2018.

Julia Kerninon a accepté de répondre à mes questions.

AFDL : Bonjour Julia, je vous remercie très sincèrement d’avoir accepté de répondre à mes questions. Qui êtes-vous Julia Kerninon ?

Julia : Je suis écrivain, j’ai trente-et-un ans, j’aime presque tous les livres, je déteste ce que les puissants sont en train de faire en termes d’écologie et de politique.

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Julia : C’est la chose la plus intéressante que je connaisse, parce que c’est une activité qui en contient plein d’autres. La fabrication d’un roman, c’est une suite de nombreux exercices très variés. Et puis j’aime rester à l’intérieur et taper sur un clavier.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Julia : Depuis que j’ai cinq ans et demi et que je sais lire et écrire.

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Julia : Ça dépend. Au lycée, j’écrivais après les cours, le matin et le week-end. Après, j’ai beaucoup écrit la nuit, de vingt heures à trois heures du matin. Quand j’ai commencé à vivre en couple avec quelqu’un qui avait des horaires classiques, j’ai écrit dans la journée. Maintenant, j’écris pendant que mon bébé est gardé, et parfois le soir quand je termine un texte. Je n’écris pas forcément tous les jours, mais si j’en ai envie, c’est rarissime que je ne trouve pas le temps. Mais ça demande de la souplesse et de l’énergie.

AFDL : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Julia : Les livres que je lis, dans lesquels il y a tout. Les histoires que mes copines ou des inconnus me racontent. N’importe quoi qui m’interpelle.

AFDL : Comment est né «Ma dévotion» ?

Julia : Depuis dix ans, je veux écrire un gros livre sur la peinture, l’histoire d’un peintre, sa trajectoire, un homme très charismatique. Alors je voulais faire ça, j’ai lu plein de livres sur la peinture pour me renseigner, mais ça ne marchait pas, ce n’était pas intéressant. Et puis, finalement, ce projet s’est rapproché d’un autre, quelques pages à peine que j’avais écrites sur mon meilleur copain, nos ambitions de jeunesse, mais aussi la façon dont nos relations ont nécessairement évolué avec le temps, ont changé quinze fois de forme et d’équilibre. Alors j’ai raconté l’histoire d’un peintre par la bouche de sa meilleure amie, parce que c’est elle qui sait tout.

AFDL : Helen, ce personnage qui raconte l’histoire d’un amour absolu, une dévotion, comment l’avez-vous imaginée ?

Julia : J’avais un portrait de Donna Tartt jeune sur mon bureau, avec son visage si beau, si pointu, son regard à la fois sérieux et provocateur, ses yeux verts, ses cheveux courts, sa grande joliesse peu conventionnelle. Et puis, comme Helen est aussi une vieille dame, je pensais à ma grand-mère, qui a été d’une grande sévérité, d’une grande tristesse, la majeure partie de sa vie, comme si s’autoriser du plaisir était absolument indécent. Quelqu’un avec beaucoup de principes « empêchants », intelligente, et absolument résignée, certaine de ne rien mériter. Mais l’amour n’est pas au mérite, moi-même j’ai mis des années à apprendre ça. 

AFDL : Comment cette femme se trouve-t-elle ainsi enlisée dans un engrenage dont elle ne parvient à se libérer ?

Julia : C’est un esprit logique, donc elle est incapable de s’arrêter tant qu’elle trouve une logique. C’est sa façon de se raconter l’histoire qui va la mener à sa perte. Elle pense qu’elle peut tout contrôler. Elle pense qu’elle est la justice. Elle pense qu’elle est nécessaire. Trois erreurs.

AFDL : Et Franck, quelle a été votre source d’inspiration pour ce personnage ?

Julia : En grande partie, les peintres tels qu’ils apparaissaient dans les livres que j’ai lus. Les interviews de Francis Bacon, Andy Warhol, Lucian Freud, Wilhem de Kooning, le livre de Norman Mailer sur Picasso… Cette intense liberté dont le support semble être un égoïsme typiquement masculin, un égoïsme qu’on n’a jamais permis aux femmes. Et puis, j’ai des amis peintres.

AFDL : Avez-vous un petit rituel d’écriture ?

Julia : Avant, je fumais et je buvais, mais maintenant plus beaucoup. Je bois du thé. Depuis des années je travaille sur mon canapé ou dans mon lit, mais on vient d’emménager dans un nouvel appartement avec un petit bureau sous les toits, peut-être que je vais écrire là maintenant.

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Julia : Oui. Je travaille toujours sur plusieurs projets en même temps, ça me protège de l’angoisse, mais du coup je ne sais pas ce que je vais finir en premier. J’écris un polar, je crois, et j’ai presque fini aussi un gros roman sur la trajectoire d’une femme, et puis j’avance un peu sur deux nouveaux petits textes autobiographiques.

AFDL : Quelles seront vos trois prochaines lectures ?

Julia : En ce moment, comme je suis épuisée, je lis Agatha Christie… Mais j’ai un livre qui paraît passionnant, ça s’appelle Sea of Glass, sur des souffleurs de verre tchèques qui ont fabriqué une collection d’animaux marins en verre. Je veux aussi lire le livre de Rebecca Solnit sur les catastrophes, A Paradise built in Hell. Et je vais lire Les Nuits d’Ava de Thierry Froger.

AFDL : Quels sont vos trois derniers livres  « Coup de Cœur »?

Julia : Les Seize Arbres de la Somme de Lars Mytting, Rester en paix de Ludovic Robin, Pour la peau d’Emmanuelle Richard.

AFDL : Un dernier mot ?

Julia : Un Paris-New-York en avion consomme à lui seul l’intégralité de votre part d’énergie annuelle. Nous devons cesser de prendre l’avion, réduire notre consommation de viande, et devenir plus débrouillards et plus généreux.

4 réflexions au sujet de « Rencontre Julia Kerninon »

  1. J’ai adoré ! Merci merci pour cette interview j’étais curieuse de connaître la genèse de Ma dévotion, l’inspiration et d’en savoir plus sur l’auteure !
    Bien d’accord pour l’avion et la viande, j’ajoute le plastique ! Stop au plastique !!! 😉👍🏻

    Aimé par 1 personne

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