Essais littéraires·Non classé

Salutations Révolutionnaires – Sophie Bonnet

Salutations revolutionnaires

 

Salutations révolutionnaires – Sophie Bonnet

Editions Grasset – 3 Octobre 2018

coeur 4

 

 

Je remercie les Editions Grasset et Sophie Bonnet pour cette lecture.

Résumé

« Carlos apparaît, seul sous la lumière crue, immobile au bout du parloir. Corpulent, carré, il m’adresse un signe de la main auquel je réponds doucement pour me donner une contenance.
La mince porte de contreplaqué se referme sur nous. Une minuscule pièce, nos genoux se touchent. Les pupilles brunes. Les paupières lourdes. C’est un vieil homme. Où est le révolutionnaire au béret de Che Guevara ? Le terroriste irréductible ? »

Pendant quatre ans, chaque mois, Sophie Bonnet a rendu visite à Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos ou Le Chacal, avec la certitude folle qu’elle parviendrait à raconter l’homme derrière le criminel.
Il a tenté de la séduire, de la manipuler. Et puis la relation a évolué. Carlos a parlé. Aujourd’hui, elle sait qui il a été, lui craint qu’elle ne l’abandonne.
La vérité est apparue violente et nue : celui qui se rêve toujours en héros magnifique n’a été qu’un mercenaire sanguinaire, à la solde des plus grands tyrans de la fin du xxe siècle.
Un récit hors du commun sur la soumission et la déchéance qui est aussi une plongée dans le monde insensé d’une centrale pénitentiaire.

Mon Avis

Un face à face. Une journaliste, un terroriste, ancien ennemi public n°1 emprisonné depuis 25 ans.

L’écrit trace quatre ans de rencontres dans les parloirs de Poissy et livre de multiples lectures.

Il y a tout d’abord les faits historiques et le personnage, une immersion dans le passé, ces attentats meurtriers des années 70 et 80, les premiers actes de barbarie au nom de diverses causes. L’homme tue, sans scrupule, sans affect. C’est le rappel des prémices du terrorisme à l’époque où les faits sont si nouveaux que les victimes ne sont ni reconnues, ni soutenues. Sophie Bonnet relate les diverses actions, les financements, les fuites et les cavales, les contrats liés aux politiciens ou aux dictateurs, l’argent et l’opulence, la violence jusqu’à l’arrestation de Carlos en 1994. L’évocation des évènements, complétée de témoignages et d’extraits des procès est riche et passionnante.

Il y a ensuite toute la complexité de la relation qui se noue entre la journaliste et le terroriste. Eduqué et cultivé, Ilich Ramirez n’est plus seulement un mercenaire sanguinaire. Il devient ce vieil homme diabétique qui grignote des snickers en cachette, cet homme qui rêve d’un futur à la tête du Vénézuela, persuadé de susciter encore de l’intérêt, lui qui a régné en maître. Un homme isolé qui quémande des sucreries et des journaux, ambigu et manipulateur, presque attachant, qui peu à peu se livre et exerce son emprise sur la journaliste. Parce qu’il y a de cela, une soumission improbable que l’on voit émerger dans l’univers particulier de cette prison, une relation duelle et privée entre l’horreur d’une réalité terroriste et une intimité protégée. L’ascendance se dessine faisant écho à ces femmes des parloirs, ces visiteuses courageuses qui, chaque semaine ou chaque mois, s’immergent quelques heures dans le monde de leurs hommes dont elles espèrent la libération. Elles oublient les actes, la barbarie, la violence pour ne plus voir que leurs amants – des hommes qu’elles aiment malgré tout.

Il y a encore la description du milieu carcéral. Un monde à part, hiérarchisé, dans lequel la drogue ravage librement les corps et les esprits, l’homophobie et l’antisémitisme règnent et la religion fait loi. Le lieu est glauque et prend aux tripes interpellant surtout sur l’idée de la réinsertion, sur la dispense des soins psychologiques ou psychiatriques, sur l’expectative de ses incarcérations…

Qu’a voulu savoir Sophie Bonnet ? Qu’espérait-elle ?

Ces hommes sont-ils humains ?

« Il n’est même pas anormal, il n’a même pas cette excuse là. Un être humain dans toute sa misère »

Un écrit passionnant et riche, écrit avec beaucoup de tact et de professionnalisme.

6 réflexions au sujet de « Salutations Révolutionnaires – Sophie Bonnet »

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