Auteurs·Rencontres

Rencontre Sylvie Le Bihan

Rencontre Sylvie Le Bihan

Sylvie Le Bihan

Sylvie Le Bihan est romancière et directrice de projets des restaurants Pierre Gagnaire à l’étranger.

En 2014, elle publie chez Seuil son premier roman « l’Autre » et reçoit de nombreux prix. En 2015, parait « La forêt des Livres », puis en 2017 « Qu’il emporte mon secret » dans lequel elle relate sa douloureuse expérience du viol dont elle a été victime en 1983.

Son dernier roman « Amour Propre » vient de paraître aux Editions JC Lattès.

AFDL : Bonjour Sylvie, je te remercie très sincèrement d’avoir accepté de répondre à mes questions. Qui es-tu Sylvie Le Bihan ?

Sylvie : Je suis, selon mes ami(e)s, une punk qui s’ignore. J’ai commencé par faire tout ce qu’on me demandait : bac mention très bien, Sciences-Po, maîtrise de Sciences Politiques, mariage, enfants… et puis à 36 ans, je suis descendue du manège, cette hypocrisie ne me convenait pas et je ne voulais pas la transmettre à mes trois enfants.  J’aime les gens sincères, les gentils, l’honnêteté, la franchise, les convictions argumentées, les débats, l’absurde et l’égoïsme sain. On n’a qu’une vie et j’ai appris à l’aimer sur le tard car la mienne a été plutôt violente et mouvementée. Je suis curieuse mais pas intrusive, j’aime tellement ma liberté que je respecte énormément celle des autres. On me dit froide parfois, glaciale même, mais c’est ma façon de me protéger des gens que je ne sens pas. J’accorde facilement ma confiance mais je me referme comme une huître si je suis trahie.  J’aime jardiner les pieds dans la boue, écouter de la musique et chanter à tue-tête, danser, rire, manger et boire de bons vins (avec modération). Je suis une solitaire qui a besoin de se savoir attendue.

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Sylvie : Un besoin animal.

AFDL : Depuis quand écris-tu ?

Sylvie : Depuis toute petite. J’ai commencé par des poèmes, puis des nouvelles et des bouts de romans. Mon père, auteur de théâtre à ses heures m’a donné le goût de la lecture avec Baudelaire, Rimbaud, Thomas Mann, Rilke, il a mis la barre très haut !

 AFDL : Quand trouves-tu le temps d’écrire ?

Sylvie : J’ai besoin de bruits autour de moi. Pas de thé vert ni de silence, mais des cafés et des cigarettes sur le bord de la table de la cuisine avec les bruits de la maison et mon chat qui renverse souvent le contenu de ma tasse sur mes notes. J’ai un travail qui me fait beaucoup voyager alors j’écris aussi dans les trains et les avions ou aux bars des hôtels dans lesquels je descends.

AFDL : Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Sylvie : La vie. La mienne et celle des gens qui m’entourent, les sujets de société, ce que je ressens et que j’ai envie de partager avec sincérité. Je ne pourrais pas écrire une « commande », j’ai besoin que les idées germent en moi alors je les écris sur des carnets pour ne pas les oublier. J’aime les situations cocasses, les pieds de nez, je ne peux pas croiser des gens sans imaginer le reste de leurs journées avec humour. La joie est le moteur de ma vie.

AFDL : Comment est né ton roman « Amour Propre » ?

Sylvie : J’ai toujours aimé l’écriture de Curzio Malaparte et plus j’en parlais autour de moi, plus je me rendais compte que beaucoup de gens que je respectais pour leurs goûts sûrs aimaient aussi cet auteur malmené par des critiques faciles. Ça m’a rassurée. Je voulais parler de lui dans un contexte de non-dits et lorsque mes fils (des jumeaux) m’ont annoncé qu’ils faisaient une année de « césure », tout ce que j’avais comme ressentiment en moi par rapport à la mère « parfaite » que j’avais tenté d’être est remonté à la surface. J’ai senti le besoin d’écrire ce que j’avais vécu et j’ai eu la chance de pouvoir le faire entre les murs de cette maison mythique. Pour la première fois, j’ai écrit dans un silence monacal.

AFDL : Je me souviens que tu avais posté sur les réseaux sociaux, lors de l’écriture de ce roman, tes « inquiétudes » par rapport à l’effet que pourrait avoir ce roman à sa parution. Alors, qu’en est-il ? Tes enfants l’ont -ils lu ?

Sylvie : Mes enfants n’ont lu aucun livre de moi, par pudeur je crois car deux de mes romans (« L’Autre » et « Qu’il emporte mon secret ») racontaient des épisodes douloureux de ma vie. Par contre, pour « Amour Propre », j’ai voulu leur lire les passages qui les concernaient et ils m’ont fait le compliment le plus essentiel en me disant : « C’est tellement vrai ! ». Il faut savoir que je ne leur ai jamais caché qu’être mère pour moi, c’était plutôt une corvée ! Mais je le leur ai dit avec humour et ils l’ont toujours accepté en se moquant de moi. Je suis fière de leur liberté de parole. Mais c’est vrai que c’est un sujet casse-gueule et j’avais peur d’être la seule à penser que c’était éreintant ce rôle de maman. 

AFDL : Soulagée ou culpabilisée ?

Sylvie : Soulagée par les messages émouvants que je reçois des libraires et des blogueurs, car ce sont eux mes premiers lecteurs avec ma mère. Soulagée aussi car nous sommes dans une époque où tout doit être lisse, politiquement correct sous couvert de libération de la parole et que mon livre c’est tout sauf ça.  Pour moi, écrire un livre, ce n’est pas pour mon égo mais pour un écho, un seul m’aurait suffi et là, j’ai l’impression d’avoir touché des femmes et des hommes qui n’osaient pas parler.

AFDL : Ce titre est, je trouve, si juste … comment t’est-il venu ?

Sylvie : J’aime l’idée que le terme amour propre soit associé à l’égoïsme, voire au narcissisme alors que là, je l’ai tordu pour exprimer l’idée d’un amour sincère, nettoyé des liens du sang qui imposent trop de contraintes et d’hypocrisie.

AFDL : Ne pas être conforme à l’image que la société renvoie de la maternité, dénoncer le mensonge de l’idéalisation, est-ce un exercice difficile ?

Sylvie : Non car à aucun moment je ne critique les mères qui aiment ce rôle, qui s’épanouissent avec leurs enfants, je trouve même cela formidable. Mais chaque femme est différente, il n’y a pas une conception de la maternité mais des millions et je suis fatiguée de ces images qu’on nous impose de la femme qui ne peut être complète que si elle est mère.

AFDL : Pourquoi ?

Sylvie : Pour qui plutôt. Pour celles qui, comme moi, se sont mis une pression de dingue, qui ont culpabilisé, se sont oubliées et qui ont tout sacrifié en se disant sans cesse qu’elles ne seraient jamais à la hauteur. Pour nos enfants qu’on presse comme des citrons et qui ont oublié de s’ennuyer et de rêver. Pour celles qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants et doivent sans cesse argumente leur choix. Pour celles qui doivent passer des interrogatoires si elles ne peuvent pas en avoir et veulent adopter. En gros, si je réponds au Pourquoi, alors pour qu’on nous lâche et qu’on les lâche (nos enfants). On ne sera jamais des mères parfaites et nos rejetons ont eux aussi des failles, c’est très bien comme ça.

AFDL : Faire de nos filles des « Amazones ou des warriors » comme tu le décris si bien lorsque tu abordes les différences éducatives entre les filles et les garçons, est-ce encore indispensable ?

Sylvie : Malheureusement oui, le monde est dangereux pour une jeune fille qui ne connait pas la réalité de sa condition. Mais il faut les informer sans en faire trop car tous les hommes ne sont pas des prédateurs ou des salauds.

AFDL : As-tu un petit rituel d’écriture ?

Sylvie : Non, je déteste les rituels et les habitudes, j’écris à l’instinct, sur n’importe quoi et avec le stylo que je trouve. Par contre, j’écris toujours à la main.

AFDL : As-tu de nouveaux projets d’écriture ?

Sylvie : Je viens d’écrire deux scénarios plutôt drôles. C’est un autre exercice de style qui ne laisse pas la place aux envolées lyriques !

AFDL : Quelles seront tes trois prochaines lectures ?

Sylvie :

« Trente ans et des poussières » de Jay Mc Inerney
« Le tour de l’oie » de Erri de Luca
« L’évangile selon Yong Sheng » de DaiSijie

AFDL : Quels sont tes trois derniers livres  « Coup de Cœur »?

Sylvie :

« La belle vie » de Jay Mc Inerney
« L’empreinte » de Alexandria Marzano-Lesnevich
« Asta » de Jon Kalman Stefansson

AFDL : Un dernier mot ?

Sylvie : Merci.

AFDL : Merci à toi !

 

 

3 réflexions au sujet de « Rencontre Sylvie Le Bihan »

    1. Merci 🙂

      Comme quoi le fait de découvrir un auteur peut aussi inciter à la lecture de ses écrits. ^^

      Le contraire peut aussi se produire. J’avoue, suite à certaines rencontres, avoir définitivement rayé des auteurs de mes wishlists, même ceux avec une belle plume.

      Aimé par 1 personne

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