Essais littéraires·Non classé

Putain – Nelly Arcan

putain

 

Putain – Nelly Arcan

Editions du Seuil – 24 Août 2001
Editions Points – 5 Septembre 2002
Editions Points – 2 Janvier 2020

coeur 5

 

 

Je remercie les Editions Points pour cette lecture.

Résumé

Cachée derrière les rideaux de sa chambre, une prostituée patiente entre deux clients. L’attente se nourrit du souvenir : une famille dévote, une mère absente et un père distrait. Et parfois la jouissance éprouvée avec ces hommes auxquels elle fait l’amour, ces hommes qu’elle déteste peut-être autant qu’elle-même. Un récit obsessionnel qui ressemble à un exorcisme désespéré pour se maintenir en vie.

Mon Avis

Lorsque « Putain » parait en 2001, prime la dimension trash de l’écrit  sans qu’en soit mesuré la qualité de la langue, la richesse et l’intensité. Nelly Arcan est malmenée par les médias devant justifier des faits suspectés faux, afficher et assumer son sex-appeal et partager des détails qu’on espère croustillants. La plume est bafouée, l’auteure reléguée au statut de scribouillarde du sensationnel. Il n’y a qu’à regarder les divers extraits des émissions pour se faire une idée de l’étroitesse d’esprit qui accompagne cette parution. En témoigne aussi la couverture poche du moment sur laquelle « un morceau » de femme dénudée met la main dans sa culotte.

Pourtant, l’écrit n’a rien de trash et si les scènes de sexe de cette étudiante devenue escort-girl émaillent la pensée, c’est davantage pour la servir que pour lui nuire. La réflexion est intime, lourde de cette expérience de femme achetée pour le sexe, et lucide. Elle décrit l’ambivalence profonde entre le pouvoir détenu sur ces hommes et l’idée d’un avilissement destructeur.

Nelly Arcan ressasse l’enfermement qui la contient, la mort, le corps, les femmes qu’elle rejette et ces hommes qu’elle déteste. Elle absorbe la dépression de sa mère, l’immoralité de son père pétri de religion. Elle vomit ses désirs et livre sans détour. Elle est piégée par son apparence dont elle critique l’effet n’ayant pourtant de cesse de l’enjoliver, dénonçant la violence des normes et des attentes. Tout n’est que chaines sans que contrainte ne soit forcée.

Nelly Arcan s’est suicidée à 34 ans en 2009.

Dix ans après, « Putain » est réédité et c’est enfin que la puissance de l’écriture de Nelly Arcan est reconnue. Ses longues phases aux multiples idées, rebondies aux virgules. Ses jets de mots justes et percutants à l’écho actuel dans une société où l’objet-femme est encore légion, mais où les langues se délient et les mentalités progressent. C’est aussi la reconnaissance d’une écrivaine. Une vraie. Talentueuse et audacieuse.

Une lecture incontournable.

4 réflexions au sujet de « Putain – Nelly Arcan »

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