Auteurs·Rencontres

Rencontre – Amélie Cordonnier

Rencontre Amélie Cordonnier

Portrait d'Amélie Cordonnier

Amélie Cordonnier est journaliste littéraire et romancière. Après Trancher (Flammarion, 2018), Un loup quelque part est son second roman (Flammarion, 2020).

Amélie a accepté de répondre à mes questions.

AFDL : Bonjour Amélie ! Je vous remercie sincèrement d’avoir accepté de répondre à mes questions. Qui êtes- vous Amélie Cordonnier ?

Amélie : Bonjour Bénédicte. J’ai 40 ans, je suis journaliste, maman de deux enfants à qui j’ai dédié Trancher, mon premier roman. Et quand je ne m’occupe pas d’eux, je lis, je cours, je nage. Ou j’écris, la nuit !

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Amélie : Une joie, une nécessité désormais. Une urgence. Une force et une confiance gagnées.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Amélie : Depuis toujours pour de faux. J’étais minus quand j’ai écrit au stylo plume l’histoire d’un poney sur un cahier Clairefontaine vert, que ma mère garde comme une merveille…  J’ai commencé à écrire pour de vrai en 2017, quand je me suis lancée, une nuit, sans le savoir, dans ce qui allait devenir mon premier roman, Trancher, neuf mois plus tard. Un publicitaire a dit un jour que pour réussir sa vie, il fallait avoir une Rolex avant cinquante ans. J’avais trouvé cela terriblement vulgaire. Je ne porte pas de montre, mais je porte, soutiens les livres que j’aime depuis des années. Et je m’étais toujours dit que ce serait bien de franchir le pas et d’écrire un livre avant de souffler mes quarante bougies. J’ai eu 39 ans deux mois la sortie de Trancher !

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Amélie : J’écris la nuit. Entre 4 heures et 7 heures avant que les enfants ne se lèvent et avant de partir travailler. Inutile de mettre un réveil, je suis littéralement habitée par ce que j’ai dans ma tête et ça me réveille. 3h30 c’est un peu tôt… 6h, trop tard. 4h30, parfait ! Mais, ça ne se commande pas. Quand j’ai eu fini Un Loup quelque Part, j’ai dormi plusieurs nuits complètes d’affilée !

AFDL : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Amélie : Ma vie, la vie, la rue, le métro, le ciné, les expos, les chansons, les amis, mes enfants, tout ce que je vois, partout, tout ce que j’entends et écoute en podcast quand je cours, tout ce que je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis, Je lis, je lis, je lis, je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite, je cogite. Je lis, je lis, je lis, je lis Je lis, je lis, je lis, je lis. Je lis, je lis, je lis, je lis, Je lis, je lis, je lis, je lis.

AFDL : Comment est né votre roman ?

Amélie : L’intimité de la famille, ce qui se passe dans la maison chauffée, une fois la porte fermée, c’est ça qui m’intéresse, c’est ce sillon que j’ai eu envie de creuser. Dans Trancher j’ai parlé de l’amour d’un couple ravagé par les mots. Cette fois c’est l’histoire du désamour d’une mère pour son enfant que je raconte. Ce que j’aime fouiller, ce sont nos zones d’ombre, nos hontes inavouables. J’essaie de poser sur ceux qui blessent un regard douloureux, mais compréhensif.

AFDL : Pensez-vous que la parole se libère concernant la maternité – le fait de ne pas se sentir à la hauteur, de souffrir, de ne pas ressentir d’amour pour l’enfant, d’être submergée, de ne pas avoir envie …

Amélie : Il faut que la parole se libère sur ce sujet là aussi. Je me suis réjouie de l’apparition du hashtag #MonPostPartum en février dernier. Je pense que le désamour maternel reste un tabou terrible. On fait comme si l’instinct maternel existait. Quelle mère n’a pas, un jour, regretté que son enfant ne lui ressemble pas ? Quelle mère n’a pas, un jour, eu peur de ne pas réussir à aimer son bébé? L’amour maternel ne va pas toujours de soi, mais ose-t-on le dire ? J’ai eu envie de mettre en scène une femme qui, un matin, découvre une tache noire dans le cou de son fils de cinq mois, dont la peau se met progressivement à s’assombrir. Une maladie ? Une tare génétique ? Un secret sur ses origines ? Qu’importe puisque de toute façon, plus il fonce, plus elle s’enfonce. Elle qui n’est qu’adoration pour sa fille de 8 ans éprouve du dégoût pour son fils. Comment diable est-ce possible ? Elle souffre, s’en veut, a honte, et honte d’avoir honte. Avec, petit à petit, cette peur qui enfle, celle de dérailler quand elle se retrouve seule avec son bébé, une fois la porte de sa maison chauffée bien fermée.

AFDL : Les pères prennent-ils la mesure de la pression exercée sur les mères ?

Amélie : Non, je ne crois pas. Même s’ils font sans doute des efforts ! C’est pour cette raison que j’ai eu à cœur d’écrire un roman sur la solitude insoupçonnable qui peut entourer la maternité. Et d’aborder ce que l’on pourrait appeler la folie d’une mère, mais qui s’apparente surtout, pour moi, à une détresse inouïe. Sûrement bien plus partagée, qu’on ne le dit. Il faudrait changer beaucoup de choses en France. Pourquoi ne pas prendre exemple sur les pays nordiques où les papas, en semaine, poussent la poussette dès 16 heures, en sortant du bureau ?

AFDL : Vous êtes vous-même maman, écrire cette violence (la souffrance de cette femme et ses actes) vous a-t-il touchée ? Perturbée ?

Amélie : Touchée, bien sûr. J’ai vécu des mois dans la tête de cette mère qui perd pied, mais cela ne m’a pas perturbée. Non! J’ai continué à m’occuper de mes enfants très tranquillement. L’écriture m’habite, mais la personne que je suis dans la vraie vie n’a absolument rien à voir avec ce que j’écris. Pour tout vous dire, je viens juste de prendre la mesure de ce hiatus. A l’occasion de la sortie de Un Loup quelque part , mon éditrice a écrit à mon sujet une phrase qui m’a secouée. Mais il faut bien admettre qu’elle est vrai. « Amélie Cordonnier est une femme lumineuse qui abrite une auteure très sombre »…. Très sombre, bon! Mieux vaut ça que l’inverse, non?

AFDL : Avez-vous un petit rituel d’écriture ?

Amélie : Non, pas vraiment. Je peux écrire partout, même dans le métro, sur la ligne 13, avec l’appli Notes de mon téléphone! Quand je me lève la nuit, j’essaie de ne pas faire de bruit en refermant la porte de la chambre, je prends mon ordi, m’enroule dans une couverture, m’allonge sur le canapé et c’est parti.

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Amélie : Oui! Je suis à fond sur ce que j’espère deviendra un troisième roman.

AFDL : Quel est votre denier livre  « Coup de Cœur »?

Amélie : Je ne me suis toujours pas remise de Love Me Tender de Constance Debré, paru en janvier 2020 alors que j’ai dû lire cinquante romans depuis !

AFDL : Un dernier mot ?

Amélie : Merci Bénédicte. Vive les livres ! Ça fait cinq mots.

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