Roman Contemporain

Le jardin de verre – Tatiana Tîbuleac

Le jardin de verre

Le jardin de verre – Tatiana Tîbuleac

Editions des Syrtes – 19 Mars 2020
Trad. du roumain par Ph. Loubière

Prix de l’Union Européenne de littérature 2019

coeur 5

 

 

Je remercie les Editions des Syrtes pour cette lecture.

Résumé

Chișinău, en Moldavie. La petite Lastotchka est adoptée dans un orphelinat par Tamara Pavlovna, ramasseuse de bouteilles. Lastotchka va à l’école, apprend le russe alors qu’elle préfère sa langue, le moldave, et elle se fait punir par sa mère adoptive lorsqu’elle écorche les mots russes. Elle apprend à laver des bouteilles mais aussi à voler ou à repousser les sollicitations des hommes trop insistants… Les habitants de son immeuble deviennent sa nouvelle famille et lui donnent un peu de leur humanité. Mais les blessures ne s’effacent pas et les questions hantent.

Le Jardin de verre est un roman intime sur les traumatismes de l’enfance, la quête de soi et de l’identité, dans un environnement multiculturel et bilingue. Vu à travers les yeux d’une enfant, il est relaté avec la sensibilité, la fragilité, la dureté et la cruauté de son âge. Un peu comme le jouet tant désiré par Lastotchka – un kaléidoscope – ramassé sous les roues d’une voiture, qui semblait entier et pourtant brisé à l’intérieur.

Mais Le Jardin de verre est aussi une lettre imaginée par Lastotchka, adulte, à ses parents. La douleur de l’abandon, le manque d’amour et de douceur maternelle sont des plaies qui ne se referment pas.

Mon Avis

Lastotchka ramasse les bouteilles et les porte, mains blessées, épaule affaissée puis les lave et les vend, soumise à Tamara Pavlovna cette femme au double visage, aimante sans l’être. La vie débute ainsi, à sept ans, sortie de l’orphelinat dans lequel les sévices se cachent ou se taisent. La vie débute au cœur du quartier des exclus, prostituées, blessés de guerre, laissés pour compte, des pauvres, des oubliés du parti, un microcosme où la réalité s’apprend à coups du destin.

Un Kaléidoscope, comme celui ramassé sur la route, avant la torgnole sur le bec. Du verre. Des miroirs. Et une multitude de fragments. La vie, c’est ainsi. Du passé, du présent, enchevêtrés. On ne se débarrasse pas de ses chagrins. Ni l’abandon. Ni l’orphelinat. Pas plus que l’achat de soi-même ou la cassure. La rage s’en mêle face à l’abus, à la déchirure entre deux mondes, moldave/russe. La perte de soi. De son identité. De ses racines. Le kaléidoscope sera ainsi : une succession d’émotions – un sens figuré plaqué au sens propre.

167 paragraphes constituent ce roman – 167 facettes. Collées. Décollées. Hier et aujourd’hui entre petits trésors d’un quotidien difficile et grandes tragédies. Une pépite littéraire. Indescriptible. Un poème.

Ce livre se lit lentement, se pose et se reprend, en avant, en arrière pour en comprendre parfois le sens, passé ou présent, narration ou introspection, des mots qui viennent du cœur sans aucune concession, bruts et tranchants et pourtant si enveloppants.

Une lecture riche qui, lorsque qu’elle s’achève, laisse à l’esprit l’envie de s’y reperdre.

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