Auteurs·Rencontres

Rencontre – Anna Zerbib

Rencontre Anna Zerbib

Anna zerbib

Anna Zerbib est née en 1989. « Les après-midi d’hiver », paru le aux Editions Gallimard est son premier roman.

Anna Zerbib a accepté de répondre à mes questions.

AFDL : Bonjour Anna. Je vous remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Qui êtes- vous Anna Zerbib ?

Anna : Merci à vous, ça me fait plaisir. J’ai 31 ans, je vis à Paris et j’enseigne avec beaucoup de joie en Seine-Saint-Denis. Je suis surtout bien dans la nature, et encore mieux au bord de l’eau. Pour ce qui est de mon caractère… Je suis une timide qui fait souvent le clown !

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Anna : L’écriture représente un espace que je me garde et que je peux me donner à tout moment. Je me questionne souvent sur ma place, le territoire qui est le mien, l’écriture est pour moi cette sorte « d’arrière-pays » pour reprendre un mot cher à Yves Bonnefoy, toujours ouvert, où je peux me retirer et auquel je sais que j’appartiens. Cela ne veut pas dire que j’écris tout le temps, cela veut dire que je sais qu’il existe ce « pli » où me réfugier.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

Anna : J’écris depuis l’enfance, je ne crois pas avoir déjà été sans ce repaire, ou ce besoin de repaire, du moins.

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

Anna : Le temps de l’écriture est pour moi un temps arraché et je l’aime comme ça. Il y a toujours tant d’autres choses à faire, tant de liens auxquels se consacrer… C’est un moment qui se vole, et quand je me l’octroie j’en suis fière, c’est que j’ai réussi à renoncer à autre chose, moins important pour moi. J’écris souvent un peu « entre deux » mais l’écriture est toujours au centre, au cœur, cela même lorsqu’elle ne l’est pas quantitativement dans ma journée, dans mon année. Ce que je préfère : écrire à côté d’une personne que j’aime. Cela me rassure. C’est toujours un risque d’écrire. Il me paraît à la fois moindre sans être annulé, lorsque je suis accompagnée.

AFDL : Dans votre roman, l’écriture est essentielle pour votre narratrice, que permet-elle ?

Anna : Oui. Je pense que l’écriture lui permet de donner de l’ampleur et de la profondeur à une histoire qu’elle peine à vivre, à cet amour qui flotte. L’histoire d’amour avec Noah a plus d’épaisseur dans ses carnets que dans la vie. L’écriture est pour elle une parade à la solitude, un moyen de se relier, c’est par l’écriture qu’elle se « retrouve » alors qu’elle va plutôt se « perdre » avec Noah. Ses carnets sont la preuve de l’existence de cet amant fantomatique… mais aussi peut-être surtout la preuve de son existence à elle?

AFDL : Comment est né votre roman ?

Anna : Il est né de ce désir, justement, de lutter contre les disparitions. Il est né de cette résistance. Je l’ai écrit sans vraiment en concevoir le projet, au départ. Il est devenu un roman tout seul, parce que la fiction, plus que jamais, était inséparable de ma vie à ce moment.

AFDL : Est-ce un roman d’amour ? Un roman sur le deuil ?

Anna : Je ne fais pas de différence entre les deux. C’est roman d’amour et de deuil, de deuil et d’amour. J’ai l’impression que dans l’amour il y a tant de deuils à faire, des deuils immenses et de tout petits deuils, chaque jour, celui de la solitude lorsqu’on partage une maison, celui du passé, celui d’autres possibles, celui de cette amoureuse qu’on aurait voulu être et qu’on ne sera pas, celui de la certitude, celui de la sécurité… Amoureuse je suis souvent mélancolique, comme liée de toute part aux abandons qui sont les miens, vécus, subis ou choisis. De même, le deuil est une grande affaire d’amour, l’amour pour celui ou celle qui est perdu bien sûr, mais l’amour aussi pour celles et ceux qui sont auprès de nous encore et qui semblent comme surgir du gouffre où tout semblait être tombé. Le deuil ouvre en deux, il permet, autant qu’il isole parfois, de se nouer aux autres. C’est ce que j’ai voulu écrire dans ce livre, tout cela me semble pris dans un même mouvement : dans le deuil comme dans l’amour il y a le désir, qui est un désir de vie, avant tout.

AFDL : Comment l’avez-vous écrit ?

Anna : Je l’ai écrit dans des carnets (3 ou 4 je pense), puis j’ai copié ces 1000 morceaux sur mon ordinateur, je les ai imprimés, étalés sur mon plancher, numéroté, rangés, dérangés, ordonnés, rassemblés, j’ai fait lire des petits bouts à mes amies, d’autres jamais, j’ai cru l’avoir fini et puis non et puis oui. De loin, maintenant, c’est comme si je ne savais plus, comme si j’inventais. Cet objet fini me dissimule le processus qui a des allures magiques. J’ai l’impression que je raconte n’importe quoi !

AFDL : Avez-vous un petit rituel d’écriture ?

Anna : Pas vraiment non. Mais je sais que plus j’écris à la main, dans mon journal, plus je vais avoir une écriture déliée, libre. Si je ne passe pas par là, le risque est plus grand d’écrire trop « loin ». Autant dans le style que dans le fond, je suis moins juste, je crois. Alors j’essaye d’écrire mon journal régulièrement, mais sans pression. Je fais cet effort d’intimité.

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Anna : J’ai des envies, plein d’idées, mais je ne les envisage par comme des « projets ». J’aime mieux qu’elles me choisissent plutôt que l’inverse. Si c’est moi qui décide, ce que je vais écrire ce sera mauvais. C’est l’écriture qui au bout d’un moment, à force de se diriger dans telle ou telle direction, de tourner autour de telle ou telle thématique, m’indique où je vais. J’essaye de suivre son courant.

AFDL : Quelles seront vos trois prochaines lectures ?

La Naissance du jour, de Colette
La Légèreté, d’Emmanuelle Richard

Et sûrement un livre dont j’ignore encore l’existence. Je n’ai pas vraiment de pile de livres à lire. Là aussi j’aime bien me laisser surprendre.

AFDL : Quels sont vos trois derniers livres « Coup de Cœur » ?

Anna : L’année dernière : Qui a tué mon père, d’Edouard Louis. Plus récemment Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie et Le Mur Invisible de Marlène Haushofer.

AFDL : Un dernier mot ?

Anna : Merci de tout cœur !

AFDL : Merci à vous !

3 réflexions au sujet de « Rencontre – Anna Zerbib »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s