Rencontres

Rencontre Carine Joaquim

Rencontre Carine Joaquim

Née à Paris où elle grandit, Carine Joaquim vit aujourd’hui en région parisienne et y enseigne l’histoire-géographie. Si elle écrit depuis toujours, c’est depuis six ans qu’elle s’y consacre avec ardeur. « Nos corps étrangers » est son premier roman publié aux Editions La manufacture de livres.

AFDL : Bonjour Carine, je vous remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Qui êtes- vous Carine Joaquim ?

CJ : En voilà une question simple en apparence, mais dont la réponse est loin d’être évidente.  Je suis un être humain qui regarde le monde dans lequel le hasard l’a fait naître. Qui observe ses contemporains, à la fois avec intransigeance et bienveillance, même si cela peut sembler contradictoire. Et parfois, de cette observation naissent des histoires. Au quotidien, sinon, j’enseigne dans un collège de la banlieue parisienne.

AFDL : Écrire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

CJ : Ecrire, c’est pour moi une manière d’appréhender le monde, de le regarder et de le donner à voir. C’est à la fois transcrire le réel, mais aussi, selon l’histoire que l’on décide d’écrire, s’évader soi-même et permettre aux futurs lecteurs de s’évader à leur tour. Ecrire, c’est finalement une liberté extraordinaire.

AFDL : Depuis quand écrivez-vous ?

CJ : J’écris depuis que je suis enfant, mais c’est devenu beaucoup plus prenant à l’adolescence. J’écrivais partout : chez moi, dans les cafés lorsque j’ai commencé à les fréquenter, et même au lycée, pendant les cours, quand ils m’intéressaient peu.

AFDL : Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

CJ : Le soir, et notamment la nuit. Je suis capable de veiller très tard quand je suis prise par une histoire. J’écris beaucoup pendant les vacances aussi, la nuit également, et parce que je n’ai pas les mêmes contraintes le lendemain matin, alors je veille encore plus tard. J’aime ces moments nocturnes, où le monde entier semble plongé dans le silence et l’obscurité, comme en pause.

AFDL : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

CJ : Tout. Plus jeune, quand j’habitais Paris et que je prenais les transports en commun, j’observais les gens dans le métro. Surtout le matin. Avec leurs vêtements, leurs chaussures, les sacs qu’ils portent, la mine qu’ils affichent, tous racontent une histoire. Peu importe si celle que je leur attribuais était vraie ou fausse ; je me plaisais à imaginer ce qu’elle pouvait être. Il y a des personnages qui sont nés de ces rencontres fortuites.

AFDL : Comment est né votre roman ?

CJ : C’est un peu difficile de l’expliquer précisément sans dévoiler le cœur du roman. L’idée a surgi d’une incompréhension, d’une interrogation devant un événement terrible dont j’ai entendu parler. Je me suis demandé comment on pouvait en arriver là. Alors j’ai essayé de comprendre les mécanismes, j’ai démêlé les fils du nœud final pour les distinguer, et remonter chacun d’eux jusqu’aux origines. Quand j’ai eu l’impression que tout était devenu logique, j’ai commencé à raconter cette histoire. La maturation du projet a pris du temps.

AFDL : Ecrire sur des sujets très ancrés dans la réalité vous tient-il à cœur ?

CJ : Oui. J’aime tendre un miroir aux lecteurs, pas forcément d’eux-mêmes mais de la société dans laquelle ils vivent. Leur montrer, à travers ce miroir, tout ce qu’ils ne voient peut-être pas. Car nous ne voyons pas tous les mêmes choses, et c’est aussi la raison pour laquelle, en tant que lectrice, j’aime ce genre de romans.

AFDL : La littérature permet-elle d’offrir une voix à ceux qui se taisent ? A ceux dont on ne parle pas ?

CJ : La littérature permet tant de choses. Faire parler les sans-voix. Braquer un projecteur sur ce qui est dans l’ombre. Exposer ce qui est douloureux, mais nécessaire. C’est pourquoi il faut s’en saisir, par l’écriture et par la lecture, pour faire avancer la réflexion collective, en fonction de la sensibilité de chacun. La littérature permet de s’évader et de grandir, comme toutes les formes d’art.

AFDL : Comment vivez-vous l’accueil de votre roman ?

CJ : Je suis très heureuse de savoir que le roman est lu, découvrir les retours des lecteurs, échanger avec eux. C’est en quelque sorte un aboutissement après le travail d’écriture, qui reste par nature très solitaire.

AFDL : Avez-vous un petit rituel d’écriture ?

CJ : Non, pas vraiment. Pas d’heures fixes, ni de lieu précis. La seule constante, et c’est aussi une condition nécessaire, c’est d’écrire à la main, sur un cahier, de préférence avec un stylo-plume. Je ne sens de réelle connexion à l’histoire que lorsque je trace les lettres sur le papier, alors que le travail sur ordinateur, par clavier interposé, est réservé à la transcription et à la première étape de réécriture.

AFDL : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

CJ : J’en ai plusieurs. Un roman qui sera bientôt terminé. Un autre, plus ancien, que je dois reprendre. Et des idées, toujours, qui fourmillent, encore floues souvent mais qui attendent patiemment leur heure.

AFDL : Quelles seront vos trois prochaines lectures ?

CJ : Je ne prévois pas à l’avance, en général. Mais parmi les ouvrages que j’ai envie de lire, on peut citerPetite louve de Marie Van Moere, qui va être réédité en mars à La Manufacture de livres ; sans doute un Sandrine Collette, Et toujours les forêts ou Ces orages-là qui est plus récent ; peut-être un titre de Gallmeister, car j’en ai quelques-uns en stock qui attendent leur tour. Mais il suffit d’une couverture qui attire mon œil dans une librairie, ou un retour de lecture intéressant vu ça et là sur les réseaux sociaux pour me faire dévier et me ruer sur un titre surgi à l’improviste qui doublera tous les autres. J’ai la lecture impulsive.

AFDL : Quels sont vos trois derniers livres  « Coup de Cœur »?

CJ : Je n’utilise pas tellement cette expression. Souvent, il faut attendre pour savoir si un livre a laissé une empreinte suffisante pour que je m’en souvienne assez précisément des mois ou des années plus tard. C’est la condition pour savoir si c’est un vrai coup de cœur ou non.

Ces dernières années, j’ai été marquée par Le garçon de Marcus Malte. C’est l’un des rares livres qui m’a fait m’arrêter sur des passages entiers pour les relire et les relire encore, vraiment admirative de la musique et de la poésie des phrases. J’ai aimé la manière dont le rythme de l’écriture s’adapte aux scènes décrites. L’audace dans le récit. Ce livre-là, oui, c’était un véritable coup de cœur et je le cite souvent, même si je l’ai lu il y a plusieurs années maintenant.

Parmi mes lectures plus récentes, j’ai aimé Betty, de Tiffany McDaniel et Le Mal-épris de Bénédicte Soymier. Mais je pourrais en citer quelques autres (j’ai hésité, d’ailleurs).

AFDL : Un dernier mot ?

CJ : Merci beaucoup, Bénédicte, pour cette interview !

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