Essais littéraires·Non classé

Nos corps, leur champ de bataille – Christina Lamb

Nos corps, leur champ de bataille – Christina Lamb

Ce que la guerre fait aux femmes

Editions Harper Collins – 3 Mars 2021
Trad. de l’anglais par F. Gondrand

Je remercie les Editions Harper Collins pour cette lecture.

Résumé

« Quand vous rentrerez, je veux que vous racontiez ce que vous avez vu. S’il vous plaît, soyez notre voix. » Jeanne, survivante de viol, République démocratique du Congo

Autour du monde, le corps des femmes est un champ de bataille. Le viol, une arme de guerre stratégique utilisée à des fins de destruction des populations. C’est le constat sans appel établi par cette enquête, d’une ampleur inégalée, sur la violence sexuelle dans les conflits. Reporter de guerre depuis plus de trente ans, Christina Lamb a recueilli les témoignages des femmes au cœur des conflits, des esclaves yézidies aux victimes des camps de viol en Bosnie-Herzégovine en passant par les rescapées du génocide rwandais ou les « femmes de réconfort » japonaises.
Si la qualification du viol en tant que crime de guerre date de 1919, une seule condamnation a été prononcée depuis. Les victimes, elles, se comptent par millions.
La violence sexuelle n’est ni inévitable ni acceptable. Cet ouvrage, qui rend enfin audibles des survivantes presque systématiquement réduites à la honte et au silence, est un cri d’alarme lancé à l’humanité.

Mon Avis

Avant de débuter cette lecture que je redoutais et dont je ne savais quoi attendre, j’ai lu l’entretien que l’auteure, Christina Lamb, correspondante pour le Sunday Times et grand reporter depuis plus de trente ans, a accordé au Time Magazine en septembre 2020 :

« Les cas étaient de plus en plus fréquents et ça m’a mise très en colère. J’étais choquée aussi, car ce n’est pas comme si personne ne savait. Tout le monde en parlait, et ça ne changeait rien. C’est pour ça que j’ai écrit ce livre, parce que je me suis dit qu’il fallait que quelqu’un documente l’ampleur que prend ce phénomène atroce et pose la question suivante : pourquoi est-ce toujours d’actualité ? Pourquoi est-il si difficile d’obtenir justice ? »

« Le livre que j’ai écrit est difficile à lire. Mais nous ne devrions pas ignorer ces récits simplement parce qu’ils sont difficiles. Ils ont été trop longtemps ignorés. En tant que journaliste, j’étais frustrée de ne pas pouvoir faire sortir ces histoires dans les journaux. Je pense que si les faits sont en effet difficiles à lire, rien ne changera tant qu’on ne les lira pas. »

Ce livre est effet très difficile à lire, à la limite de l’insoutenable. Les faits dépassent l’entendement et nous placent face à la pire cruauté dont l’homme est capable. Ils interrogent sur ce qui conduit à adopter de tels comportements sous prétexte de guerres, de convictions religieuses, de vengeances ou de faits de groupe. Aux quatre coins du globe, quelle que soit l’époque, les femmes – jeunes et moins jeunes, voire enfants, sont des victimes que l’on estropie, brise, viole, tue. Christina Lamp a recueilli leurs témoignages et analyse avec justesse la situation relatant les conflits et les abus dans des contextes sociaux et politiques complexes qu’elle explique.  Elle aborde les démarches  de nombreuses victimes notamment dans la recherche de réparation juridique. Elle distingue les situations où sont prises en considération les paroles de ces femmes qui ont eu le courage de témoigner conduisant certains bourreaux à être condamner et d’autres cas où, malgré les nombreux témoignages, les faits restent impunis.

Oui, ce livre est difficile à lire. Je ne peux nier le terrible impact qu’il a eu sur mes nuits, mais il est d’une grande richesse historique et sociologique. Chaque conflit est chronologiquement retracé, chaque mesure expliquée et documentée et je ne peux que vous inviter à prendre connaissance ce texte fort qui ouvre les yeux sur une réalité passée et actuelle.

Outre ce que j’ai appris, ce livre a également fait écho avec trois romans lus l’année dernière :  

« J’ai cru qu’ils enlèveraient toute trace de toi » de Yoan Smadja sur le génocide des Tustis

« Filles de la mer » de Mary Lynn Bracht sur les « Femmes de réconfort » des soldats japonais.

« Les impatientes » de Djaïli Amadou Amal sur la condition des femmes au Sahel

« Nos corps, leur champ de bataille » est un livre à lire absolument.

« Nous avons donné notre bien le plus précieux et, en notre for intérieur, nous sommes mortes plus d’une fois, mais vous ne trouverez nos noms sur aucun monument ni aucun mémorial de guerre » Aïcha, survivante de viol après la guerre de libération du Bangladesh en  1971.

7 réflexions au sujet de « Nos corps, leur champ de bataille – Christina Lamb »

  1. Ohhh, Bénédicte. Tu m’as donné la chair de poule. Il faut vraiment que ces exactions prennent fin et que l’on entende la petite Voix de ces Victimes. Merci à cette auteure et à toi pour cette chronique bouleversante. 🙏😘

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    1. C’est un texte si fort et dérangeant. Il nous remet à nos places de privilégiés et rappelle que des femmes vivent des horreurs sans commune mesure. Et dire que beaucoup n’obtiennent pas justice …

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    1. Le Dr Mukwege a été entendu par l’auteure, ainsi que les autres médecins qui réparent ces femmes et ces enfants. Leurs témoignages sont poignants (et horrifiants). Il y a aussi le témoignage d’un homme, apiculteur, qui aide les femmes à s’enfuir.

      Aimé par 1 personne

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