Roman Contemporain

Pleine terre – Corinne Royer

Pleine terre – Corinne Royer

Editions Actes Sud – 18 Août 2021

Je remercie les Editions Actes Sud pour cette lecture.

Résumé

Ce matin-là, Jacques Bonhomme n’est pas dans sa cuisine, pas sur son tracteur, pas auprès de ses vaches. Depuis la veille, le jeune homme est en cavale : il a quitté sa ferme et s’est enfui, pourchassé par les gendarmes comme un criminel. Que s’est-il passé ?
D’autres voix que la sienne – la mère d’un ami, un vieux voisin, une sœur, un fonctionnaire – racontent les épisodes qui ont conduit à sa rébellion. Intelligent, travailleur, engagé pour une approche saine de la terre et des bêtes, l’éleveur a subi l’acharnement d’une administration qui pousse les paysans à la production de masse, à la déshumanisation de leurs pratiques et à la négation de leurs savoir-faire ancestraux. Désormais dépouillé de ses rêves et de sa dignité, Jacques oscille entre le désespoir et la révolte, entre le renoncement et la paradoxale euphorie de la cavale vécue comme une possible liberté, une autre réalité.

Inspiré d’un fait divers dramatique, ce roman aussi psychologique que politique pointe les espérances confisquées et la fragilité des agriculteurs face aux aberrations d’un système dégradant notre rapport au vivant. De sa plume fervente et fraternelle, Corinne Royer célèbre une nature en sursis, témoigne de l’effondrement du monde paysan et interroge le chaos de nos sociétés contemporaines, qui semblent sourdes à la tragédie se jouant dans nos campagnes.

Ma lecture

Six tirs, six balles, six coups de légitime défense qui ont perforé son dos et son flanc, ni de près, ni de face. Jacques Bonhomme est resté dans sa voiture agonisant sous l’assaut, ravalant le sang et soufflant le peu d’air qu’il avait. Eux sont restés sans rien faire, prévenant sans doute les responsables oubliant les secours, les pontes, les administratifs, ceux qui ne sont pas « la terre », ni le soleil, ni le vent. Ceux qui ignorent les saisons et les bêtes au fourrage, ceux qui trient la paperasse et guettent, guettent et guettent encore et encore le respect des textes et des lois, les déclarations et le sacro-saint tracing auquel il faut se plier : sept jours ! Qu’a-t-il donc fichu le Jacques Bonhomme à n’avoir pas respecté la procédure ? Quarante-cinq veaux « étiquetés » sans être déclarés dans les sept jours ?

Un contrôle. La peine. Et la suite : d’autres contrôles, des injonctions, un engrenage tirant une à une les ficelles de sa perte. Jacques Bonhomme perd la foi. La terre, les bêtes et son savoir se délitent dans les papiers, les amendes et ces gens qui viennent armés de certitudes et de ces mots qui tuent à petit feu. Il fuit.

Quelle surprise de ne pas voir ce roman de la rentrée littéraire de 2021 dans les sélections des prestigieux prix littéraires ? Comment a-t-on pu ainsi l’ignorer ? Est-ce parce qu’il parle des petites gens – gens de la terre, de la bouse, du fumier et de la sueur ? Est-ce parce qu’il parle de la détresse de ceux qui luttent pour maintenir une vie saine face aux diktats de la productivité ? Est-ce parce qu’il aborde un fait réel « romancé », mais si vrai – celui  de Jérôme Laronze qui a perdu la vie en 2017, à trente-six ans, après avoir été broyé par l’administration ?

Texte indispensable, émouvant, vrai, merveilleusement bien écrit, ce roman mérite mille prix. Il est celui d’une réalité à connaitre pour ne plus dire que l’on ne savait pas ce que ces hommes et ces femmes du monde agricole endurent.

J’ai achevé ma lecture chamboulée et le suis encore. Ce roman est mon plus gros coup de cœur de cette rentrée littéraire parce qu’il est fort, intense et vrai (je sais, je me répète). Comment vous dire à quel point il me semble fondamental de lire de tels écrits ? Il est celui qu’il faut lire !

Une lecture sublime d’une rare force.

8 réflexions au sujet de « Pleine terre – Corinne Royer »

  1. Comment finir une chronique en pleurs ? En venant te lire Bénédicte. Merci à toi 🙏
    J’ai comme l’impression que tu n’as pas eu assez de mots pour rendre hommage à ce roman. Un coup de cœur que je vais m’empresser de noter.
    Merci encore. Moi, la bouse, le fumier, la sueur et la terre, ça m’attire, plutôt que les paperasses.
    Trop de personnes planquées derrière leurs bureaux, oublient la vraie vie. Et que nos ancêtres ont tous été paysans un jour.
    Merci encore à toi Bénédicte 🙏😘

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